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Technique dite des' longs
poteaux' ou des' bois longs'
Pendant tout le XIVème siècle on a utilisé majoritairement
la technique dite des bois longs: la structure des édifices à
pans de bois était composée de poteaux corniers et médians de fort
équarrissage (jusqu'à 50 cm de côté) allant d'une seule traite du sol
au comble en traversant les étages (donc sur 2 ou 3 étages), les poutres
horizontales étant emmanchées sur ces axes verticaux à chaque étage.
Ce procédé a certains inconvénients
:
Lourdeur des
bois et, partant, une mise en oeuvre difficile;
Assemblage
problématique des sablières :
* celles
-ci sont obligatoirement courtes, donc l'ensemble de la ceinture
horizontale, constituéee d'une série d'éléments
courts mis bout à bout, manque de rigidité;
* les sablières portent uniquement sur les tenons des extrémités,
c.a.d. sur quelques cm² , ce qui réprésente une faiblesse
pour des poutres devant supporter de lourdes charges. (Cliquer
pour agrandir le schéma); |
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Nécéssité de particulièrement bien stabiliser
l'ensemble pour éviter le roulementet la déformation;
La construction
avec des bois longs est peu adaptée à la ville où les ruelles sont étroites
(voir ci-dessous);
Raréfaction
dès le XIIIème siècle des bois de grande longueur, ce qui conduira à leur
abandon progressif. Ils sont rares dès avant 1450 et exceptionnels ensuite;
Prix élevé
des bois longs de bonne qualité.
Toutefois, à Lisieux, on a continué à utiliser de temps
à autres les bois longs jusqu'au XVIIème siècle car
la forêt de Rathoin a longtemps fourni des bois énormes de 10 / 11 mètres
de long et d'une et section minimum de 0,30*0,30m.
En raison de ces difficultés,
les bois courts sont devenus la règle dès le début
du XVème siècle d'autant plus que seuls les bois courts
permettaient de créer les encorbellements tant à la mode
à partir de 1400.
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A Vernon il n'existe
plus de maisons construites en bois longs. La guerre de 1939 -
45 a détruit les dernières qui se trouvaient 22
rue Carnot, rue de la Boucherie, 10 rue Gloriette, et au Carrefour
des 3 Brocs.
Château
de Grandchamp (Calvados). On remarque les longs poteaux de forte
section, en particulier celui à l'angle, qui montent sur
3 niveaux.
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En plus de l'effet "mode"
des encorbellements, qui est fondamental, il y a des raisons propres qui
poussent à l'emploi des bois courts:
Avec des bois courts, la distorsion, la déformation est plus limitée
qu'avec des bois longs,
La surexploitation des forêts:
Le bois, qui sert aussi de combustible, est la matériau de construction
le plus courant. Mais construire une maison demande énormément
de bois. Il ne faut pas oublier que pour une sablière, il faut un arbre
de soixante ans et de plus de cent ans pour une poutre. Un tronc de 20/25
cm donne 2 poutres de 12*8cm, combien de centaines de poutres (donc de
centaines d'arbres) pour bâtir une maison ?
De plus, on a trop construit
en bois long pendant trop longtemps, ce qui a contribué à
l'épuisement des forêts dès le XIVème siècle:
Par exemple, en 1295, près de Rouen, on employait des poutres de
65 / 80 cm de côté, d'autres longues de 13 à 20 m,
ce qui exigeait des arbres plusieurs fois centenaires, ce qu'une forêt
ne peut évidemment pas fournir d'année en année.
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Poutre
de forte section préparée pour la construction du
château de Guedelon (Yonne) |
Là dessus, il faut
ajouter le gâchis, parfois monstrueux. Uun exemple: en 1386, le
roi Charles VI prépare une invasion de l'Angleterre. On abat
alors dans les forêts normandes assez d'abres (combien de milliers?)
pour construire une fortification préfabriquée et démontable,
destinée à être embarquée et reconstruite
outre Manche; elle avait une enceinte de 20 pieds de haut (= 6m) et
un diamètre de 3000 pas, c.a.d. une circonférence de plus
3000m, et était flanquée de 75 tours. Imaginez les coupes
d'arbres dans les forêts de Normandie pour une telle entreprise!
Pendant la guerre de Cent Ans, les forêts n'ont pas été
entretenues et pire encore, on été souvent ravagées,
si bien que les beaux bois de construction se sont fait rares longtemps
après le retour à la paix..
A partir
du XVIème siècle et plus nettement encore au siècles
suivants, tous les bois de qualité étaient réservés
à la marine. Pensez, par exemple aux grands fûts nécessaires
pour les mâtures.
Pour toutes ces raisons, on assiste à une augmentation du prix
du bois qui devient un matériau sinon rare et précieux,
mais coûteux, à tout le moins. Dès lors, on cherchera
à l'économiser en ré-employant le plus possible
des bois anciens de récupération, et on réprimera le gaspillage.
Ainsi, un contrat passé à Rouen en 1525 stipule que les
chutes appartiendront au client !
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Un exemple
d'emploi de bois de récupération: la sablière
basse est faite avec une ancienne colombe: on voit encore les
encoches dans lesquelles étaient enfoncées les éclisses
destinées à tenir le hourdis.
Rue
Carnot
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La pénurie de matériaux? A Evreux, on ne la
connaissait pas!!!
Jusqu'à
la Révolution, Evreux conserva une réserve forestière,
connue sous le nom de Rideau de Saint -Germain, tout
le long de la forêt entre Evreux et Arnières. Chaque
habitant de la ville qui construisait une maison ou la réparait
avait le droit de prendre le bois qui lui était nécessaire
dans cette réserve. Ce droit venait du privilège
accordé par Charles VII en 1441 pour remercier des Ebroïciens
de l'aide apportée aux troupes française pour
chasser les anglais de la ville. Mais dès le le XVIIème
siècle, ce Rideau; surexploité, ne fournissait
plus que des bois de mauvaise qualité qui se rompaient
souvent apès avoir été mis en oeuvre -
comme ce fut le cas à l'Hospice d'Evreux.
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Le montage final de la façade s'effectuait toujours sur place,
sur le sol, au milieu de la rue, si possible. Ces rues étaient
très étroites le plus souvent, ce qui militait aussi en
faveur de l'emploi de bois courts puisque, avec eux, on ne montait qu'un
seul un étage à la fois : le chantier d'assemblage n'exigeait
pas trop grande une surface au sol et pouvait être installé
dans la rue alors que l'emploi de bois longs (donc l'assemblage de plusieurs
étages d'un seul coup) requiérait de grands espaces de
montage, incompatibles avec la l'étroitesse des rues.
Le retour des bois longs
Dès le milieu du XVIème siècle alors que l'encorbellement
disparaît, la technique de l'ossature s'appauvrit peu à peu.
On assiste alors au retour progressif aux longs poteaux, mais traités
avec infiniment moins d'ampleur qu'au Moyen Âge.
Bois longs
dans des constructions du XVIème - XVIIème
Rue du Chapitre (à gauche) - Rue d'Albuféra ( à
droite)
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Ces bois
longs sont presque toujours de plus petit équarrissage que dans
les siècles précédents et cette technique n'a
plus le rôle fondamental qu'elle avait au Moyen Age; elle n'est
plus qu'une technique parmi d'autres jusqu'à ce qu'au XIXème
siècle on en vienne à ne plus utiliser, comme bois
longs, que des pièces malingres et fourchues.
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