Dans l'un ou l'autre
cas, le surplomb est porté par le débord d'un élément
et le porte-à-faux participe d'une logique structurelle de
l'édifice: elle améliore la portée des planchers
et la stabilité des bâtiments.
Par contre il est une
autre procédé d'encorbellement dans lequel le surplomb
est porté par un organe spécifique (corniche, corbeau
ou pigeâtre) Ce procédé n'apporte pas d'amélioration
en terme de structure et même souvent est une cause de faiblesse
de l'ossature.
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Poteau élargi et pigeâtre
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Le
pigeâtre ( àdroite) est la même
chose qu'un corbeau, mais en bois. C'est une sorte de
coin qui est greffé sur le poteau. Il sert de
substitut de poteau élargi (à gauche)
lequel est formé d'une seule pièce, allant
en s'élargissant vers le haut de façon
à mieux soutenir les bois du dessus.
Les poteaux élargis se rencontrent couramment
à Caen, Louviers, Honfleur et tout particulièrement
à Pont Levêque où ils règnent en
maître. Ils présentent toutes les garanties de
solidité pour supporter les pièces situées
au dessus, mais peu à peu ( en particulier à
cause de la difficulté à se procurer des gros bois)
et d'un façon variable selon les régions, on est passé
au pigeâtre. Celui-ci est moins solide mais on compense
en multipliant les points d'appui et en plaçant
de très nombreux tenons. |
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La vallée de la
Seine a beaucoup utilisé les pigeâtres seuls
(sans autre appui pour le débord) et ceci explique
pourquoi les encorbellements de notre région sont souvent
peu saillants (1 pied maximum) en règle générale:
en effet pour ne pas être trop fragile, le débord ne
peut être plus grand avec un pigeâtre pour seul
support. |
Encorbellement
sur solives
On utilise les solives débordantes pour monter les pans de
bois: la sablière basse de l'étage supérieur
(et le reste de l'ossature) repose sur les extrémités
des solives qui sont alors apparentes.
L'encorbellement sur solives nécessite seulement deux sortes
de bois, les sablières et les solives. C'est simple et bon
marché. comparé aux autres procédés
d'encorbellement : ici, la façade d'étage est posée
sur le bout des solives alors qu'autrement (dans le cas des encorborbellements
sur mur gouttereau) elle est emboîtée dans les sommiers.

Angle de la rue Malot et de la rue de la Boucherie ...
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...
cette maison a été détruite vers 1930
Dessin
de AG Poulain
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Rue Potard - ancien grenier à fourrage -
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Encorbellement
sur solives et corbeaux
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Ce type d'encorbellement
est courant (mais pas unique) en Allemagne et dans presque toute
la France. Par contre, il est rare, voire exceptionnel en Normandie
(sauf dans les maisons très modestes - cf ci-dessus, un grenier
à fourrage), comme si les constructeurs normands n'admettaient
pas que les extrémités des solives se voient à
l'extérieur. Vernon n' a que de très rares exemples
de ce type de construction à montrer.
Encorbellement
sur sommiers
Au
contraire de l'encorbellement sur solives, celui sur sommiers
est inconnu en Angleterre, usuel en Allemagne, très courant
dans l'Est de la France, et c'est la seule méthode employée
en Normandie (sauf les exceptions vues ci-dessus)
La sablière basse de l'étage supérieur
(et le reste de l'ossature) est emboîtée sur les
extrémités des sommiers.. |

Cliquer pour agrandir et rendre le schéma lisible
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Les entretoises,
pièces de bois courtes, placées entre les extrémités
dépassantes des poutres, maintiennent l'écartement
de ces pièces et aident au raidissement de l'ensemble en
évitant tout déplacement latéral, et surtout
en parant au fléchissement éventuel de la sablière
de l'étage supérieur. Ces entretoises apparaissent
vers 1400 - 1450.
Elles servent aussi à cacher le vide existant entre les deux
sablières, dû à l'épaisseur de ces pièces
et à l'importance du dépassement. (Elles sont presque
toujours moulurées; ceci sera abordé en détail dans la partie
consacrée au décor.)
| Ce mode
d' encorbellement dit 'en marches d'escalier' utilise trois
sortes de bois, les sablières, les extrémités
dépassantes des sommiers et les entretoises. Il engendre
une succession d'angles droits qui, de profil, évoquent
le profil de marches d'escalier, d'où son nom. |

Rue Carnot - Encorbellement en marches d'escalier
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| Ce profil,
heurtant la sensibilité esthétique de l'époque,
on va réaliser un dégradé, en cassant les
angles droits, pour donner l'illusion d'une seule pièce
de bois découpée obliquement, interrompue seulement
par les têtes dépassantes des sommiers |

Rue Bourbon
penthièvre- Maison du XVème siècle
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On constate qu'ici
on a bien la sablière basse de l'étage supérieur,
soutenue par un sommier, soutenu lui-même par un pigeâtre,
le tout étant relié par des entretoises.
Musée
de Vernon, bâtiment XVème siècle
Rue Carnot
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Ce type d'ecorbellement
est le plus courant, mais les charpentiers ont créé
un grand nombre de variantes: les pigeâtres sont remplacés
par des corbeaux, la sablière de plancher est absente, les
sommiers sont soutenus directement par les poteaux, avec l'aide
d'un pigeâtre en lien droit, l'encorbellement en marche d'escalier
n'a pas vu ses angles droits atténués, la moulure
est absente, les entretoises sont absentes, etc...
Voilà qui est
clair: la Normandie n'utilise presque que l'encorbellement sur sommiers
et pas sur solives. Mais alors, que se passe-t-il pour les nombreuses
maisons à pignon et celles en angle pour lesquelles l'encorbellement
d'un des côtés est sur sommiers et l'autre forcément
sur solives?
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Ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas les encorbellements
sur solives.
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L'Angleterre
ne connait guère que cette forme d'encorbellement:
bien entendu, il existe des maisons à encorbellements
sur murs goutteraux mais les charpentiers anglais
'bricolent' alors les façades de façon
à ce que les encorbellements aient l'air d'être
sur solives.
Dans cette maison
d'époque Tudor en Angleterre, on remarque les
encorbellements sur solives en façade sur les
trois pignons, mais aussi sur le mur goutterau, là
où on attendrait un encorbellement sur sommiers.
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Inversement, en règle
générale, les Normands 'bricolent' les encorbellements
des façades sur pignon pour qu'ils n'aient pas l'air
d'être sur solives !!
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Une maison à
Vernonnet (quartier sur la rive droite de la Seine) semble être
l'exception (serait-ce celle qui confirme la règle ?)
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Il s'agit d'une
maison en encorbellement sur solives mais en rien d'une
bâtisse modeste et bon marché comme pour les
rares autres maisons avec un encorbellement de ce type.
Pourquoi ce procédé d'encorbellement, tellement
inhabituel ?
Une hypothèse:
la maison pourrait avoir été construite par un charpentier
anglais entre 1419 et 1449. Une maison de Lisieux pourrait
nous donner une clé: il existait dans cette ville
deux maisons de ce type (pas plus) et on sait que l'une
d'elle (on ne dispose d'aucune information sur l'autre)
a été construite par un charpentier anglais pendant l'occupation
de la ville entre 1420 et 1450. On peut imaginer la même
explication pour celle de notre ville...
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Comme
les Normands ne veulent pas de solives apparentes ils ont dû
trouver des solutions pour l'éviter...
Solution 1 pour
éviter ces solives apparentes: l'encorbellement sur faux
sommiers
C'est solution la plus courante en Normandie.
Toutes les solives sont
coupées court (donc ne sont pas visibles) sauf 2 ou 3, de
plus grosse taille que les autres (une vingtaine de centimères
de section), d'une forme spéciale, dite " en queue de
billard" et qu'on appelle des fausses poutres ou faux sommiers.
L'encorbellement est réalisé sur le dépassement
de ces deux ou trois grosses solives spéciales qu'on appelle
alors 'faux sommiers'.
Extérieurement, rien ne distingue cet encorbellement de celui
sur vrais sommiers.

Notez
la solive de forte taille assemblée par tenon et
mortaise, au lieu d'être simplement posée
sur le sommier comme le sont les autres.
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A l'extérieur,
l'encorbellement se fait sur cette grosse solive spéciale,
dite "faux sommier".
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solution 2 pour
éviter ces solives apparentes: l' encorbellement sur coyer
Schéma
d'un encorbellement sur coyer (vu de dessus)
Cliquer pour agrandir et voir la légende
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Toujours pour de
ne pas construire d'encorbellement sur solives apparentes,
on créée un encorbellement sur sommiers de
chaque côté de la maison. Pour ce faire,
une poutre maîtresse appellée 'coyer' ou 'coyeau'
est disposée en diagonale avec son extrémité
qui arrive dans l'angle des deux façades. Sur cette
poutre sont greffés à 45 ° de part et d'autre
des sommiers qui se dirigent les uns vers le mur goutterau,
les autres vers le pignon. Ce sont sur les extrémités
de ces deux séries de sommiers débordants qu'est
installé l'encorbellement.
Ce procédé assez complexe se rencontre en Basse
Normandie, à Lisieux en particulier mais est inconnu
dans la valléee de la Seine.
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Encorbellement
sur coyer à Lisieux. On voit la tête de poutre
principale en diagonale juste dans l'angle. (maison disparue).
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solution 3 pour
éviter les solives apparentes: l'encorbellement sur pigeâtres
| On
coupe les solives court et on greffe un pigeâtre à
l'extérieur sur le poteau; la sablière basse d'étage
va alors reposer dessus.
Ce système
est assez fragile car cette sablière tend à
arracher le pigeâtre C'est pourquoi le poteau de l'étage
inférieur est profondément échancré
d'une très longue mortaise dans laquelle vient se loger
le tenon du pigeâtre. C'est sur ce poteau inférieur
ainsi artificiellement élargi que peut alors être
posée la sablière basse de l'étage supérieur.
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Cliquer pour agrandir et rendre le schéma lisible
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Ce
système, à peu près inconnu en Pays
d'Auge, a été largement utilisé en
Haute Normandie et particulièrement dans la vallée
de Seine de Vernon à Rouen où on le trouve
pour les maisons en angle de rue comme le musée ou
le Temps Jadis.
Musée
de Vernon - Encorbellement sur pigeâtres
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Comparaison des
encorbellements de la maison du Temps Jadis
Mur goutterau :remarquez la tête de sommier
au dessus du pigeâtre (à gauche); pignon : l'absence
de celle-ci , la sablière repose directement sur le pigeâtre
(à droite)
