Deux phénomènes
distincts vont se conjuguer pour mettre à mort les pans de
bois.
la lutte contre les
incendies, qui a déjà amené la disparition
des encorbellements,
la mode qui considère
que la pierre est le seul matériau noble.
La lutte contre les
incendies
L''édit royal de Sully de 1607, par exemple, puis de nombreux
autres jusqu'en 1750 , prononcé pour lutter contre la propagation
rapide du feu lors des incendies, interdit également les
bois apparents du rez-de-chaussée et les saillies . Il devient
dès lors obligatoire de recouvrir les façades en bois d'enduit.
Ces réglements ne sont pas spécifiques à notre
région: quand ce ne sont pas des édits royaux - applicables
donc dans tout le pays - ce sont les Parlements régionaux
ou même les municipalités dans tout le Royaume qui
prennent des mesures similaires . Par exemple, on voit la municipalité
d'Auxerre tenter de rendre obligatoire le rez de chaussée en maçonnerie
dès le début du XVIIe siècle. A Paris,l'interdiction fut plus tardive,
1667.
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Liste (très incomplète) des arrêtés
et édits anti pans de bois
Un arrêt du Parlement de Normandiee de 1525 qui tente d'interdire
la construction en encorbellement;
Un arrêt du Parlement du 17 mai 1571, exigeant la délivrance
d'une permission spéciale pour pouvoir bâtir en pan de bois;
Un édit royal de 1607 qui proscrit l'usage du pan de bois
au rez-de-chaussée;
Une ordonnance des Trésoriers de France grands voyers de
Paris, datée du 18 août 1667, qui limite à huit toises (environ
15,60 m) la hauteur des façades en pans de bois, interdit
les pignons sur rue et oblige à revêtir les pans de bois,
à l'extérieur comme à l'intérieur, d'un enduit de plâtre
sur lattes clouées;
Un règlement du maître général des bâtiments, du 1er juillet
1712, précisant les conditions de mise en œuvre de plinthes
d'entablements, de corniches, etc. en plâtre;
Les ordonnances de police du 28 avril 1719 et du 13 octobre
1724 qui interdisent de n'adosser aucun conduit de cheminée
à un pan de bois, et d'améliorer la liaison des maçonneries
avec les poteaux de bois par chevillage et rainurage de
ces derniers.
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La mode
Si le XVème siècle est l'âge du bois, la Renaissance
est celui de la pierre. Les constructions monumentales gréco-romaines
deviennent LA référence, même pour l'habitation
: celui qui en a les moyens abat sa maison en bois et en reconstruit
une en pierre; ou au moins, si on ne peut pas avoir toute une maison
en pierre, faut-il au moins en avoir une qui paraisse ne plus être
en bois: on détruit la façade en bois ou on la cache
en élevant une autre devant, mais en pierre!
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C'est
ce qui s'est passé avec cette maison, derrière
la façade de laquelle existent toujours celle d'origine
en pans de bois. Il y a quelques années, le propriétaire
a voulu détruire cette façade pour remettre
les bois à jour . Mais les Monuments Historiques s'y
sont opposés en argumentant que cette façade
est la seule à Vernon de style Empire et qu'il convenait
donc de la conserver.
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Plus modeste encore
celui qui se contentait de plaquer un enduit posé sur
des lattes de bois qui le maintenaient afin de masquer les
pans de bois.
On
peut voir ici d'une part des traces de buchage d'un probable
décor sculpté en relief (bas de la photo de
gauche) et d'autre part la marque des clous qui maintenaient
le treillis de bois qui, accompagné d'un enduit, recouvrait
toute la façade.
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Malgré tout, on
a continué à bâtir en pans de bois même
dans les villes jusqu'à la fin du XIXème siècle.
La Normandie a particulièrement fait de la résistance
à ce point de vue ! Mais en ville, peu à peu tous
les murs et les façades ont été plâtrés.
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Encore du plâtre...
Des travaux étant entrepris au sur un mur probablement
mitoyen des maisons N° 64 et 66 Rue Grande, il est stipulé
par un acte sous seing privé du le 1 avril 1873,
que "les parties de pans-de-bois (du mur du voisin)
mises à jour par l'enlèvements des bâtiments
de M. de Cortines seront par ce dernier et à ses
frais lattés et crépis en plâtre."
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| Avec
ou sans plâtrage: les Vernonnais retrouverons sans peine
le Temps Jadis (à gauche) mais ils devront faire un effort
pour reconnaître le Musée (à droite) et
la seule partie ancienne qui subsiste de l'actuelle place De
Gaulle |
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Dès le milieu
du XIXème siècle le bâti très ancien était
devenu largement inadapté. Il ne répondait plus aux
besoins et aux fonctionnalités de l'époque si bien que la
recherche du confort, l'adaptation du bâti ancien à de nouveaux
usages et besoins a entraîné de profondes transformations
et destructions. Pour dire les choses brutalement, on a détruit
sans remords ces vieilleries soi-disant inhabitables: il fallait
'faire moderne' et notre ville n'a pas été épargnée
par cette fièvre modernisatrice. Toutefois,en 1939, lors
de la déclaration de guerre, il restait encore un patrimoine
très varié et très abondant qui n'attendait
qu'à être remis en valeur.
Hélas,
les destructions de 1940-44 à Vernon ont été
telles que les quartiers anciens se sont trouvés réduits
à peu de choses. Cependant, la plus grande partie du centre
ville ayant été détruite à 100% et rebâtie
à neuf, il n'y a pas eu pas lieu d'entreprendre d'autres
grandes opérations d'urbanisme qui auraient touché
les derniers quartiers anciens. On n'a donc pas connu ici les destructions
de quartiers entiers qui ont duré jusque vers 1975, comme
on l'a vu à Troyes ou à Châlons en Champagne.
Au contraire, il restait si peu du bâti ancien qu'on a su
le protéger dès les années 60.
Les
pans de bois redécouverts
C'est un peu après
la première guerre mondiale que les esprits commencèrent
à évoluer et que des inquiétudes se firent
jour quant à l'avenir de ces maisons anciennes. On recommença
s'y intéresser et à trouver une beauté certaine
à ces constructions.
| Vers
1930, une initiative novatrice et courageuse fut prise par
un commerçant de la rue Saint Jacques: il fit transformer
par Alphonse Poulain la façade de son magasin en maison
du XVème siècle, ce qui était à l’époque un
projet très ambitieux car les commerçants avaient plutôt
tendance à cacher les pans de bois des maisons qu'ils
occupaient plutôt qu'à les mettre en valeur. |
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De nos jours on restaure ces vieilles maisons, on enlève
les crépis et le plâtre, on tente de leur redonner
l'apparence qu'elles avaient il y a plusieurs siècles.
Si certaines restauration sont médiocrement faites, il
en est d'autres pour lesquelles il faut remercier les propriétaires
pour le qualité du travail effectué.
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Vous avez dit 'restauration' ?
Une restauration bien menée devrait rester
invisible.
Même
en ville, dans le rayon de 500m de protection (théorique!)
autour d'un site classé par les Monuments Historiques
- la Collégiale- on voit trop d'exagérations
faussement anciennes ou rustiques, ou l'emploi de matériaux
modernes qui 'massacrent' la maison: des volets roulants
en PVC blanc, un toit percé de nombreux Velux,
de larges fenêtres qui mangent toute la façade,
etc...
Ne parlons pas du
ciment gris qu'on trouve encore ça et là,
qui enferme l'humidité dans les murs anciens alors
qu'ils doivent respirer pour éviter le pourissement.
Il y a heureusement
de nombreuses maisons sauvées et bien restaurées,
remises à un bon niveau d'authenticité -
sans négliger pour autant le confort des habitants.
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Des
restaurations que d'aucuns qualifierons de 'malheureuses'
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Sans
commentaires !!!
Et
malheureusement d'autres exemples pourraient être
montrés...
Rue
... Non, pas la peine de faire de publicité pour
cette maison
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Et
au contraire, un exemple de ce qui peut être fait avec beaucoup
de temps et de passion
La même
maison (!) avant et après restauration
La cour intérieure
dans son état d'origine, en cours de restauration et peu
de temps avant la fin des travaux
| Aujourd'hui,
on continue à construire en pseudo pans de bois, soit
des maisons individuelles, soit même des immeubles (deux
immeubles dans le centre ville depuis une douzaine d'années),
ce qui prouve à quel point ce type de construction a
marqué la vie des normands. |
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