|
|
Une fois la structure
en bois mise en place, il reste à garnir les 'marelles' c.a.d.
les intervalles entre les pièces de bois pour clore le bâtiment.
La technique, pour assurer cette clôture, consiste à bourrer
les marelles de matériaux de remplissage : plâtre, galets,
briques séchées au soleil ou cuites au four, pierre noyées
dans le ciment, torchis, etc. Ce matériau (ainsi que les petites
pièces de bois qui sont placées entre les colombes pour
le faire tenir) forme ce qu'on appelle le hourdis. Le choix du matériau
formant ce hourdis est largement dictée par les considérations
locales et par les moyens financiers du propriétaire.
La nature du hourdis
détermine à son tour l'écartement des colombes. En
Normandie, malgré la diversité des matériaux utilisés,
cet écartement est le plus souvent égal ou légèrement
supérieur à la largeur des bois (on parle alors de "tant
plein que vide") dans les maisons de qualité tout au moins.
|
Tant
plein que vide
Une expression
qui indique que les marelles, (la surface des vides remplis plus
tard par le hourdis) sont équivalentes en surface à celle des
pleins (les colombes). En fait, l'espacement n'est jamais vraiment
égal, le 'vide' étant toujours un peu plus important
que le 'plein' , mais cette expression désigne un colombage
très serré, typique des constructions de qualité
jusqu'au XVIIème siècle.
Rue
Carnot, maison XVème
|
|
L'écartement entre les
colombes s'agrandissant progressivement dès le XVIIème siècle
(c'est la fin du "tant plein que vide"), il a fallu procéder
à un clayonnage intermédiaire à l'intérieur
des marelles car des interstices trop grands ne peuvent pas être
convenablement remplis, ce qui provoque une faiblesse de la paroi. On
intercalait alors un pan de bois intermédiaire de section plus
faible que les colombes, souvent disposé obliquement, sur lequel
le hourdis prenait appui et qui disparaissait ensuite dans l'épaisseur
du hourdis.
Nature des matériaux
D'une façon générale,
on se servait des matériaux locaux pour faire le hourdis. Il faut
se souvenir que le coût des transports était prohibitif,
ce qui poussait à employer des matériaux disponibles sur
place.
|
Des matériaux disponibles
sur place..
C'était
le cas dans de nombreuses fermes du Pays de Bray ou du Pays d'Auge
où souvent, on extrayait l'argile nécéssaire
au torchis sur le terrain même où on construisait
: le trou ainsi formé devenait ensuite la mare aux canards
de la ferme.
|
Dans les régions côtières
ou de montagnes, à proximité des torrents, on utilisait
fréquemment le galet plat encastré dans les rainures latérales
des colombes ou maçonné à la chaux.. Les archives
de Dieppe précisent d'ailleurs qu'il fallait faire venir deux
charretées de d'argile et une d'eau douce pour mouiller la terre
" car l'eau salée ne valait rien"!
A Caen et Bayeux, le moellon et la pierre de taille, enduits ou
non, ont été largement utilisés.
La brique fut aussi abondamment employée et la richesse de
sa disposition venait alors compléter la géométrie
visuelle des colombages. Le tuileau , c.a.d. les débris de
tuiles, permettait la réalisation de motifs géométriques
divers d'un bel effet décoratif, comme des triangles, carrés,
treillis ou des rosaces. Par fois même, comme en Pays d'Ouche,
le silex taillé venait se mêler au tuileau.
|
|
Dans la vallée de la Seine,
de Vernon à Rouen c'est le plâtre qui domine, en raison
des facilités d'approvisionnement depuis Paris que la Seine offrait.
Encore plus localement, à Vernon, le hourdis était . fréquemment,
un mélange de plâtre et de petites pierres, de la 'menue pierre'
comme on disait alors , déchets provenant des nombreuses carrières
qui entourent Vernon et qui produisaient une pierre à bâtir
estimée et largement exportée. |
Le
meilleur hourdis: le torchis
 |
Les
maisons en pans de bois sont des ossatures élastiques.
Les assemblages, à tenons et mortaises, ne présentent
jamais une rigidité absolue, ce qui explique les déformations
des murs que nous pouvons constater aujourd'hui. Le remplissage
des murs entre les différents éléments
de bois doit donc présenter une certaine élasticité
et suivre les mouvements de l'ossature.
C'est pour cette raison que le torchis, qui peut avoir une existence
de deux à trois siècles, convient bien à
toute construction en bois si bien que c'est le matériau
le plus répandu, en milieu rural notamment mais on le
trouve aussi fréquemment en ville.
|
De plus, il procure une bonne isolation thermique mais surtout il
est léger, ce qui ne fatigue pas la carcasse en bois comme
la pierre ou la brique dont le poids tend à déformer
exagérement l'ossature.
Le torchis
se compose de paille d'avoine hâchée, de poils de vache
ou de crins de cheval ou des paillettes de lin suivant la place occupée
par le propriétaire dans la hiérarchie sociale. De l'argile
est ensuite mêlée au torchis et quelquefois du crottin
de cheval.
|
Parfois, le torchis
est maintenu en place par un lattis cloué sur la face
interne du pan de bois. Parfois encore, comme en Champagne
ardennaise, il est fixé sur une armature de baguettes
de coudrier
Cependant, dans la plupart des cas, et en particulier en Normandie,
les marelles, c.a.d . les vides entre les poteaux, sont recroisillonnées
par des éclisses, c.a.d. des lattes de bois entrées
à force, et placées entre deux colombes à
la manière des barreaux d'une échelle.
Cette 'échelle'
sert d'appui au torchis et constitue une armature du mur qui
le rend solidaire en son entier. C'est une technique héritée
de plusieurs millénaires: les Francs la nommaient "bast",
d'où, ensuite, le mot "bâtiment".
|
|
Dans un vieux Noël, on
chantait en pays gascon:
"Saint Joseph le brave homme,
A trouvé le bon secret
De ficher des tampons de paille,
Dans les trous de la muraille".
On pose le
hourdis de façon à ce qu'il soit moins épais
que les colombes: il est en retrait d'une vingtaine de millimètres
de la surface des pans de bois. Après séchage et bouchage
des retraits, puis piquetage pour que l'enduit final s'y accroche,
ce hourdis reçoit l'enduit de finissage, un mortier aux éléments
beaucoup plus fins composé d'argile, de chaux grasse et de de fibres
végétales hachées.
Enfin pour
assurer l'étanchéité (sinon le hourdis se dégrade rapidement
sous l'action de la pluie), on prépare un badigeon au lait de chaux
qu'on étale au balai sur la dernière couche de torchis. C'est ainsi
que pour la fête locale autrefois, les façades étaient reblanchies
chaque année ou presque, opération ayant un caractère
à la fois esthétique et pratique.
|
Restauration
Autrefois, après avoir mélangé l'argile
à du végétal (paille ou autre) et de l’eau, on foulait ce
mélange aux pieds. Bien qu'aujourd’hui, il existe quelques
sociétés qui préparent le torchis avec des malaxeurs conçus
à cet effet, la méthode la plus sûre reste celle du passé
c.a.d. le malaxage à la main ou aux pieds dans un bassin creusé
au sol (comme autrefois) ou bien, de nos jours, dans de grands
récipients ouverts, genre vieille baignoire, abreuvoir à vaches
ou petit lavoir en ciment.
|
Protection
des pans de bois
Sur leurs
faces internes et extérieures laissées à l'air
libre, les pans de bois étaient (et c'est toujours la meilleure
des protections qu'on puisse leur assurer) badigeonnés à
l'huile de lin, vierge et tiède qui les nourrissait et les
protégeait des attaques parasitaires.
Le
soubassement
Lorsqu'il
est correctement mis en oeuvre, le bois est un matériau particulièrement
résistant, ses seuls ennemis étant l'humidité,
et bien sûr le feu.
Contre l'humidité,
la précaution essentielle consiste à isoler le pan de
bois de l'humidité du sol en le faisant reposer sur un soubassement
en pierre. Un dicton anglais dit que ce type de maison "peut
durer des siècle si elle a un bon chapeau et de bonnes bottes",
c.a.d. une toiture en bon état et un soubassement construit
selon les règles de l'art.
Le soubassement,
prend des formes et des hauteurs variées, et, comme le hourdis,
utilise généralement les matériaux du voisinage.

|
Selon les régions,
selon le siècle et selon la richesse du propriétaire,
l'importance et la qualité d'exécution du soubassement
varient, du solin en pierrailles diverses jusqu'au au rez
de chaussée entièrement maçonné
en pierres de grand appareil ou en brique et pierre, avec
toutes les variantes possibles, comme par exemple de petits
damiers de silex blancs et noirs alternés, ou des chaînages
d'angle de pierre sur fond de brique rose.
|

Maison XVème - XVIème, rue du Gévarin
(à
gauche) - Ensemble
XVIIème - XVIIIème, rue Carnot
(ci-dessus)
|
A Vernon, ville de carrières
de pierre, les soubassements sont toujours en pierre locale, soit
en petits moellons, soit en parpaing, c.a.d. en pierres de taille
faisant l'épaisseur du mur.

|