OSSATURE - Maisons à pignon (page 2)


Page d'accueil
Photothèque
Généralités
Localisation à Vernon
Ossature page1
et page 2
Encorbellements
Le bois comme matériau
Hourdis
Montage de l'ensemble
Le décor
Toitures et fenêtres
Plans et dimensions
La maison dans la ville médiévale
Pans de bois couverts et redécouverts
Essai de datation
Liens, bibliographie et remerciements
Webmestre. Contact

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

<< retour à la page 1

Avant d'aller plus loin, il convient de faire un rappel pour distinguer entre deux types de maisons et de murs, en fonction de la toiture : les murs gouttereaux, et les pignons.(Cette différence ne concerne pas seulement les maisons à pans de bois du passé , mais toutes les constructions d'hier et d'aujourd'hui.)

Considérons une maison avec un toit à bâtière c.a.d. à double pente: les murs gouttereaux (ou goutterots) sont les murs les plus longs, ceux qui reçoivent les gouttières (quand elles exsitent, bien entendu!), là où "goutte l'eau" ( telle est l'origine du mot). Par contre, du côté adjacent (en jaune sur la photo ci-dessous) la toiture forme un triangle qu'on appelle le pignon , et mot qui, par extension, désigne l'ensemble du mur situé sous ce pignon.

Mur gouttereau en vert et pignon en jaune

Un des murs gouttereaux est en façade sur la rue Carnot tandis que le pignon se dresse sur la rue du Pont

 

 

Maison XVème siècle qui abrite le musée de Vernon ( rue Carnot)

Dans la photo ci-dessous, un des murs gouttereaux est en façade principale sur rue. C'est le cas de la totalité des maisons anciennes qui subsistent à Vernon, où il n'existe plus de maisons anciennes avec uniquement un pignon sur rue. (Toutefois, d'autres villes conservent de nombreuses maisons à pignon, qui peuvent représenter jsuq'à 25% du parc immobilier.) La caractéristique du mur gouttereau est d'être souvent dominé par des lucarnes qui permettent une meilleure utilisation du comble. Ceci explique le développement du gouttereau au détriment du pignon sur rue.

Il y a des gouttereaux étroits, longs de moins de 4 à 5 mêtres, c.a.d. de la même largeur que des facades à pignon, d'autres atteignent 20 mètres et plus. Il existe des maisons mixtes, à façades en pignon et en gouttereau : ce sont les maisons en coin de rue (comme ci-dessus), souvent de construction soignée avec encorbellements et sculptures.

 

Le cadastre ancien de la ville


Cliquer pour agrandir et rendre lisible

Quand on regarde le cadastre de Vernon (rue Carnot, anciennement Grande Rue, et rue Potard) dans sa version de 1820, on s'aperçoit que la majorité des maisons ont leur côté étroit, donc leur pignon sur la rue.

L'étroitesse des parcelles est encore perceptible aujourd'hui, malgré de multiples remaniements.

 

En effet, dans les campagnes les maisons se présentent en général en longueur, mais en ville, dans les rues principales, faute de place, c'est souvent le côté le plus étroit du bâtiment qui donne sur la rue. La ville était enfermée dans ses remparts depuis le XIIème siècle, elle était largement occupée par des établissements religieux et par la grande route Paris Rouen. Tout ceci avait obligé les rues à se faufiler entre ces obstacles et à constituer un cadastre en forme de lanières, donc des maisons étroites et hautes avec des pignons pentus en façade, toutes en longueur avec en général une cour à l'arrière : au XVème siècle, dans la France du " regnum francorum" le 'pignon sur rue' était la manière habituelle d'implanter les maisons, tout spécialement celles des les commerçants et artisans qui voulaient tous tenir boutique dans les rues principales : ils avaient donc 'pignon sur rue' , comme nous disons encore aujourd'hui, avec un sens toutefois un peu différent.

En plus de la mise en valeur du parcellaire en lanières, il y a une autre raison qui poussait les gens à bâtir ainsi avec un mur en pignon sur la rue (donc un côté étroit de la maison), une raison fiscale, car une partie de l'impôt foncier était calculé selon la longueur de la façade sur rue !

Festes

Au XVIème siècle, on appelait 'feste' une maisonde ce type, à façade étroite sous un comble aigu. (feste vient du latin fastigium : toit élevé à deux pentes).

Une façade étroite, effectivement, puisque les terrains et les maisons ont généralement une largeur comprise entre 4 et 6 mètres..
Pourquoi ? C'est la longueur maximum des solives qui, plus longues, ploieraient trop ou nécessiteraient des poteaux intermédiaires de soutien, qui feraient perdre trop de place intérieure. De plus un chêne de 100 ans donne des poutres de 5 m de long environ, ce qui était la poutre de base au XVème et XVIème siècles.

Très souvent les maisons en pignon sur rue présentaient un encorbellement et surtout, le toit était prolongé en façade, par une avancée dite ferme débordante ou dépassante.

Ces fermes d'avant-corps, c.a.d. débordantes sont sont généralement doubles ou triples ( la largeur de l'avancée est constituée de deux ou trois poutres posées sur une double sablière). Ainsi le mur pignon est abrité par l'avancée de la toiture: l'arc forme un grand auvent qui abrite le haut de la façade contre les dégradations de la pluie et permet d'ouvrir des fenêtres dans le comble

Ferme dépassante triple, maison en Bretagne


On peut penser que ces fermes débordantes, que l'on a cessé de construire dès avant le milieu du XVIème siècle, répondaient aussi à l'esthétique du Moyen Age finissant comme le prouvent les enluminures et les tableaux du XVème siécle.

Van der Goes, détail du retable de Monfort - Van der Weyden, Saint Luc dessinant la Vierge (détail)

 

 

Par la suite, les fermes débordantes seront rasées, lors des réfections de façade, souvent par économie ainsi que dans le cadre de la lutte contre les incendies en ville et tout simplement aussi parce que la mode en était passée. Il n'en restait plus que très peu à Vernon avant la guerre de 1939 - 45, qui a anéanti les dernières.

Ancienne maison à pignon , rue d'Albuféra


L'Hostellerie de la Rose

Les bâtiments de l'ancienne Hôtellerie de la Rose à l'angle de la rue Carnot (N°22) et de la ruelle des Pontonniers ont ainsi disparu en 1940. Ils présentaient une façade en encorbellement surmontée d'un pignon avec ferme débordante et moulurée en arc surhaussé , le tout datant du XIVème siècle.

L'hostellerie si renommée autrefois était devenue un commerce de charbon au début du XXème siècle !

Toute cette partie de la rue a été détruite jusqu'à l'église qu'on voit à l'arrière plan.


Sous Charles VII l l'hostellerie était à l'enseigne du Plat d'Etain, en 1510, elle s'appellait La Rose , puis La Rose Rouge, puis La Rose Blanche et Les 3 Roses.. C'était un établissement très en vogue où descendait la noblesse. Il servait aussi de relais de poste avant que ce dernier ne fut transféré au N° 91 de la rue Grande vers 1720.

<< retour à la page 1