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Avant d'aller plus loin, il
convient de faire un rappel pour distinguer entre deux types de maisons
et de murs, en fonction de la toiture : les murs gouttereaux, et les pignons.(Cette
différence ne concerne pas seulement les maisons à pans
de bois du passé , mais toutes les constructions d'hier et d'aujourd'hui.)
Considérons une maison
avec un toit à bâtière c.a.d. à double pente:
les murs gouttereaux (ou goutterots) sont les murs les plus longs,
ceux qui reçoivent les gouttières (quand elles exsitent,
bien entendu!), là où "goutte l'eau" ( telle est
l'origine du mot). Par contre, du côté adjacent (en jaune
sur la photo ci-dessous) la toiture forme un triangle qu'on appelle
le pignon , et mot qui, par extension, désigne l'ensemble
du mur situé sous ce pignon.
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Mur gouttereau en
vert et pignon en jaune
Un des murs gouttereaux
est en façade sur la rue Carnot tandis que le pignon se dresse
sur la rue du Pont
Maison XVème
siècle qui abrite le musée de Vernon ( rue Carnot)
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Dans la photo ci-dessous, un des
murs gouttereaux est en façade principale sur rue. C'est le cas de
la totalité des maisons anciennes qui subsistent à Vernon,
où il n'existe plus de maisons anciennes avec uniquement un pignon
sur rue. (Toutefois, d'autres villes conservent de nombreuses maisons à
pignon, qui peuvent représenter jsuq'à 25% du parc immobilier.)
La caractéristique du mur gouttereau est d'être souvent dominé
par des lucarnes qui permettent une meilleure utilisation du comble. Ceci
explique le développement du gouttereau au détriment du pignon
sur rue.
Il y a des gouttereaux étroits, longs de moins de 4 à 5 mêtres,
c.a.d. de la même largeur que des facades à pignon, d'autres
atteignent 20 mètres et plus. Il existe des maisons mixtes, à
façades en pignon et en gouttereau : ce sont les maisons en coin
de rue (comme ci-dessus), souvent de construction soignée avec encorbellements
et sculptures.
Le cadastre ancien de la
ville
Cliquer pour
agrandir et rendre lisible
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Quand on regarde le
cadastre de Vernon (rue Carnot, anciennement Grande Rue, et rue
Potard) dans sa version de 1820, on s'aperçoit que la majorité
des maisons ont leur côté étroit, donc leur
pignon sur la rue.
L'étroitesse
des parcelles est encore perceptible aujourd'hui, malgré
de multiples remaniements.
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En effet, dans les campagnes
les maisons se présentent en général en longueur,
mais en ville, dans les rues principales, faute de place, c'est souvent
le côté le plus étroit du bâtiment qui donne
sur la rue. La ville était enfermée dans ses remparts depuis
le XIIème siècle, elle était largement occupée
par des établissements religieux et par la grande route Paris Rouen.
Tout ceci avait obligé les rues à se faufiler entre ces
obstacles et à constituer un cadastre en forme de lanières,
donc des maisons étroites et hautes avec des pignons pentus en
façade, toutes en longueur avec en général une cour
à l'arrière : au XVème siècle, dans la France
du " regnum francorum" le 'pignon sur rue' était la manière
habituelle d'implanter les maisons, tout spécialement celles des
les commerçants et artisans qui voulaient tous tenir boutique dans
les rues principales : ils avaient donc 'pignon sur rue' , comme nous
disons encore aujourd'hui, avec un sens toutefois un peu différent.
En plus de la mise en valeur
du parcellaire en lanières, il y a une autre raison qui poussait
les gens à bâtir ainsi avec un mur en pignon sur la rue (donc
un côté étroit de la maison), une raison fiscale,
car une partie de l'impôt foncier était calculé selon
la longueur de la façade sur rue !
Festes
Au XVIème siècle,
on appelait 'feste' une maisonde ce type, à façade étroite
sous un comble aigu. (feste vient du latin fastigium : toit
élevé à deux pentes).
Une façade étroite,
effectivement, puisque les terrains et les maisons ont généralement
une largeur comprise
entre 4 et 6 mètres..
Pourquoi ? C'est la longueur maximum des solives qui, plus longues, ploieraient
trop ou nécessiteraient des poteaux intermédiaires de soutien,
qui feraient perdre trop de place intérieure. De plus un chêne
de 100 ans donne des poutres de 5 m de long environ, ce qui était
la poutre de base au XVème et XVIème siècles.
Très souvent les maisons
en pignon sur rue présentaient un encorbellement et surtout, le
toit était prolongé en façade, par une avancée
dite ferme débordante ou dépassante.
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Ces fermes d'avant-corps,
c.a.d. débordantes sont sont généralement
doubles ou triples ( la largeur de l'avancée est constituée
de deux ou trois poutres posées sur une double sablière).
Ainsi le mur pignon est abrité par l'avancée de
la toiture: l'arc forme un grand auvent qui abrite le haut de
la façade contre les dégradations de la pluie et
permet d'ouvrir des fenêtres dans le comble
Ferme dépassante triple, maison en Bretagne
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On peut penser
que ces fermes débordantes, que l'on a cessé de construire
dès avant le milieu du XVIème siècle, répondaient
aussi à l'esthétique du Moyen Age finissant comme le prouvent
les enluminures et les tableaux du XVème siécle.
Van der Goes, détail
du retable de Monfort - Van der Weyden, Saint Luc dessinant la Vierge
(détail)
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Par la suite, les fermes
débordantes seront rasées, lors des réfections
de façade, souvent par économie ainsi que dans le
cadre de la lutte contre les incendies en ville et tout simplement
aussi parce que la mode en était passée. Il n'en restait
plus que très peu à Vernon avant la guerre de 1939
- 45, qui a anéanti les dernières.
Ancienne maison à pignon , rue d'Albuféra
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L'Hostellerie de la Rose
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Les bâtiments
de l'ancienne Hôtellerie de la Rose à l'angle de
la rue Carnot (N°22) et de la ruelle des Pontonniers ont ainsi
disparu en 1940. Ils présentaient une façade en
encorbellement surmontée d'un pignon avec ferme débordante
et moulurée en arc surhaussé , le tout datant du
XIVème siècle.
L'hostellerie
si renommée autrefois était devenue un commerce
de charbon au début du XXème siècle !
Toute cette
partie de la rue a été détruite jusqu'à
l'église qu'on voit à l'arrière plan.
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Sous Charles VII l l'hostellerie était à l'enseigne du Plat
d'Etain, en 1510, elle s'appellait La Rose , puis La Rose Rouge, puis
La Rose Blanche et Les 3 Roses.. C'était un établissement
très en vogue où descendait la noblesse. Il servait aussi
de relais de poste avant que ce dernier ne fut transféré
au N° 91 de la rue Grande vers 1720.
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