TOITURES et FENETRES (page2)


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Fenêtres

 

La fenêtre est un marqueur social : elle contribue, avec d'autres éléments de la construction à identifier une maison, à montrer la valeur de celle-ci et le statut social de son propriétaire. C'est ainsi que le vocabulaire courant distingueait ainsi entre les "belles et grandes fenestres " et les "méchantes ouvertures".

Les ouvertures étaient aussi rares et petites que possible pour économiser la chaleur. Elles se limitaient souvent à une ouverture unique au rez de chaussée, deux parfois à l'étage.
Il ne faut pas se faire une fausse idée, l'éclairage fut-il naturel ou artificiel, a toujours été un problème majeur jusqu'au XIXème siècle: de jour comme de nuit les pièces étaient sombres et mal éclairées. Ceci est confirmé par les nombreux contes et fabliaux dans lesquels se déroulent des intrigues favorisées par ces intérieurs " moult obscurs et noirs " et par les occupants actuels de ces maisons dans lesquelles l'électricité doit souvent rester allumée presque toute la journée.

Maison XVème siècle - Rue Bourbon Penthièvre

 

Dimensions
En façade, dans les maisons modestes, on peut avoir des fenêtres de petite taille, guère plus que des fentes entre deux colombes parfois, d'une hauteur de 1,5m sur 0,50 à 0,60 m en largeur. Ce sont presque toujours des fenêtres à coulisse. Les arrières sur cour ou sur des petites allées sont encore plus pauvrement éclairés par quelques lucarnes, trappes ou ouvertures de petite taille

A Vernon, ces fenêtres ont toutes disparu récemment, détruites ou changées depuis relativement peu de temps pour les toutes dernières si bien qu'il en existe encore quelques photos. (photos de gauche)

Même les arrières des maisons de prestige, comme le Temps Jadis, étaient modestement éclairés. (photo de droite)


Toutefois, l'un des gros avantages de l'association d'une ossature en bois et d'un colombage permet l'ouverture de large fenêtres: en effet le hourdis, qui ne supporte pas de charge, peut être enlevé ainsi qu'une ou deux colombes et remplacés par une fenêtre sans compromettre la stabilité de l'ensemble.

Les baies peuvent alors être doubles voire triples (=ou quadruples, mais on n'en trouve pas Vernon) et ce de plus en plus souvent quand on se rapproche de la Renaissance. A partir de cette époque, on pourra parfois voir des maisons qui ressemblent à des cages de verre ou des lanternes.

Rue Carnot, le Temps Jadis

Maison Tudor à Chester ( Grande Bretagne)

 

C'est pour augmenter la surface éclairante qu'on a rapidement créé une imposte (donc un chassis fixe), parfois deux superposées, ce qui est possible par l'utilisation d'un meneau horizontal appelé croisillon. Ceci a été la grande évolution, la fenêtre à compartiments avec meneaux et croisillons - des montants verticaux et les traverses à mi-hauteur ou 2/3 hauteur se coupant à angle droit . Ces fenêtres, apparues au XIIIème siècle en Champagne et devenues courantes à partir de 1450 sous le nom de 'fenestra crosata, sont les fenêtres 'classiques' de la Renaissance.

Fenêtres à meneaux, rue Potard

La répartition des fenêtres est variable, selon les besoins de la distribution des pièces, sans aucune recherche systématique de symétrie extérieure avant le XVIIème siècle.
Les grandes fenêtres complètement constituées (selon, nos normes) apparaissent vers 1615 / 20. Le XVIIIème siècle voit la naissance de grandes baies avec des balcons décorés de garde-corps en ferronerie.


Maison datant du XVIème siècle. La disposition des ouvertures n'a rien de symétrique.
(Rue du Chapitre)

Grandes ouvertures du XVIIIème siècle. On remarque une fenêtre murée, souvenir probable de l'impôt sur les portes et fenêtres du XIXème. (Rue Carnot)

 

Vitrages et fermetures
Le verre est un produit de luxe rare avant le XVème siècle. Jusqu'à cette date, les fenêtres sont fermées par du parchemin, de la toile passée à la cire blanche, à la résine , à la térébenthine, du papier huilé, de la vessie de porc, sauf, bien entendu dans les 'ostels' les plus luxueux.
Toutefois, les " fenestres verrines " apparaissent plus tôt qu'on ne le pensait généralement , surtout dans nos régions septentrionales où le besoin de lutte contre le froid se fait sentir. Au début ce n'étaient que des panneaux fixes de vitrage munis de croisillons au plomb. Parmi les raisons qui justifient l'adoption du verre, en voici une qui, si elle n'est pas très justifiée, n'est pas moins intéressante : le verre préserve les hôtes de la maison des dangers de la peste qui se propage par les fenêtres dépourvues de fermetures ! Du temps de Montaigne (deuxième moitié du XVIème siècle ) " il n'est si petite maison qui ne soit vitrée et les bons logis en reçoivent un grand ornement et en dedans et en dehors. "
De fait, à partir de 1450, se multiplient dans les documents les mentions de " verrières blanches ", de " verres à voir " et des baux à Rouen précisent que les fenêtres sont verrées.

Des volets, appelés vantaux, munis de verrous coulissent dans des rainures: le volet à guillotine monte et descend devant le fenêtre et au repos se trouve devant l'allège (la partie située sous l'ouverture). Au XVème siècle ce système commence à céder la place au volet ouvrant à charnières scellées dans la maçonnerie, tel que nous le connaissons.


Lucarnes

Les lucarnes se sont developpées lorsqu'on a abandonné le pignon pour le gouttereau, celui-ci pouvant se couvrir de "fenêtres pendantes" comme on disait alors. ( Le mot 'lucarne' ne sera pas employé avant le XVIIème siècle.)
Sa façade est montée sur la dernière sablière, en continuation et dans le même plan que le pan de bois; elle comporte une allège - également en pans de bois et hourdis- ( à moins qu'il n'y ait une bande de surcroît, auquel cas c'est ce surcroît qui sert d'allège) qui sert de garde-corps, le fond étant le plancher du grenier.

Le plus souvent, le toit de cette lucarne est à bâtière, c.a.d. deux pentes ( comme l'est aussi celui de la plupart des maisons de l'époque) et le petit toit déborde largement la lucarne elle même: ceci permettait de protéger l'ouverture de la pluie et aussi, en l'équipant d'une poulie, d'utiliser le grenier comme espace de stockage. (On voit encore les traces de cette poulie dans une maison de la rue Potard). Si de nombreuses lucarnes n'ont plus cette avancée, c'est qu'au cours des siècles elle a été rasée par souci d'économie lors de travaux d'entretien.

On nomme ce type de lucarne une 'demoiselle' par référence aux demoiselles médiévales qui se couvraient largement la tête de coiffes en pointe pour se protéger du soleil.

Sur cette photo, la bande de surcroît sert aussi d'allège.

 

Rue Potard

Un autre modèle est plus tardif: il est basé sur une toiture en croupe à trois pentes - au lieu d'une bâtière à deux pentes - avec une avancée (de taille variable). On appelait cette lucarne une 'croupe redressée' avant de l'appeler d'une façon plus élégante une 'Capucine': en effet la forme de la toiture de la lucarne rappelle la 'capuce' que portaient les Capucins (encore appélés les Cordeliers), ce capuchon qui retombait en avant sur le visage.
Comme pour les Demoiselles, lors de travaux de réfection , les Capucines ont souvent été raccourcies et amputées de leur avancée.

La croupe simple - un toit à trois pentes, conçu sans dépassement - deviendra la forme la plus fréquente; on parlera dès lors de 'lucarnes en croupe' et rapidement le chapeau devient bombé et le haut de la fenêtre arrondi. C'est le modèle de lucarne devenu courant dès le XVIIème siècle et unique au XVIIIème.



Capucine,à gauche et croupe simple à droite, l'une et l'autre rue Bourbon Penthièvre


Cette photo de plusieurs maisons 'à une couverture' montre les trois types de lucarnes;

1 - Demoiselle
2 - Capucine
3 - Croupe simple

 

Il existait aussi parfois des lucarnes hypertrophiées, ce qui pouvait être un autre marqueur social pour indiquer l'importance du logis en question. Malheureusement, ces maisons ont disparu à Vernon pendant la dernière guerre et il ne nous en reste que des dessins, tel celui d'Alphonse Poulain ou la reconstitution d'une maison du XVème / XVIème siècle qu'il avait fait bâtir vers 1930.


Rue Malot

Rue Carnot

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