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Fenêtres
La fenêtre
est un marqueur social : elle contribue, avec d'autres éléments
de la construction à identifier une maison, à montrer la
valeur de celle-ci et le statut social de son propriétaire. C'est
ainsi que le vocabulaire courant distingueait ainsi entre les "belles
et grandes fenestres " et les "méchantes ouvertures".
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Les ouvertures étaient
aussi rares et petites que possible pour économiser la
chaleur. Elles se limitaient souvent à une ouverture unique
au rez de chaussée, deux parfois à l'étage.
Il ne faut pas se faire une fausse idée, l'éclairage
fut-il naturel ou artificiel, a toujours été un
problème majeur jusqu'au XIXème siècle: de
jour comme de nuit les pièces étaient sombres et
mal éclairées. Ceci est confirmé par les
nombreux contes et fabliaux dans lesquels se déroulent
des intrigues favorisées par ces intérieurs "
moult obscurs et noirs " et par les occupants actuels de
ces maisons dans lesquelles l'électricité doit souvent
rester allumée presque toute la journée.
Maison
XVème siècle - Rue Bourbon Penthièvre
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Dimensions
En façade, dans les maisons modestes, on peut avoir des fenêtres
de petite taille, guère plus que des fentes entre deux colombes
parfois, d'une hauteur de 1,5m sur 0,50 à 0,60 m en largeur. Ce
sont presque toujours des fenêtres à coulisse. Les arrières
sur cour ou sur des petites allées sont encore plus pauvrement
éclairés par quelques lucarnes, trappes ou ouvertures de
petite taille
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A Vernon, ces fenêtres
ont toutes disparu récemment, détruites ou changées
depuis relativement peu de temps pour les toutes dernières
si bien qu'il en existe encore quelques photos. (photos
de gauche)
Même les arrières
des maisons de prestige, comme le Temps Jadis, étaient
modestement éclairés. (photo de droite)
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Toutefois, l'un
des gros avantages de l'association d'une ossature en bois et d'un colombage
permet l'ouverture de large fenêtres: en effet le hourdis, qui ne
supporte pas de charge, peut être enlevé ainsi qu'une ou
deux colombes et remplacés par une fenêtre sans compromettre
la stabilité de l'ensemble.
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Les baies peuvent alors
être doubles voire triples (=ou quadruples, mais on n'en
trouve pas Vernon) et ce de plus en plus souvent quand on se rapproche
de la Renaissance. A partir de cette époque, on pourra
parfois voir des maisons qui ressemblent à des cages de
verre ou des lanternes.
Rue Carnot,
le Temps Jadis
Maison
Tudor à Chester ( Grande Bretagne)
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C'est pour augmenter
la surface éclairante qu'on a rapidement créé une
imposte (donc un chassis fixe), parfois deux superposées, ce qui
est possible par l'utilisation d'un meneau horizontal appelé croisillon.
Ceci a été la grande évolution, la fenêtre
à compartiments avec meneaux et croisillons - des montants verticaux
et les traverses à mi-hauteur ou 2/3 hauteur se coupant à
angle droit . Ces fenêtres, apparues au XIIIème siècle
en Champagne et devenues courantes à partir de 1450 sous le nom
de 'fenestra crosata, sont les fenêtres 'classiques' de la Renaissance.
Fenêtres à
meneaux, rue Potard
La répartition
des fenêtres est variable, selon les besoins de la distribution
des pièces, sans aucune recherche systématique de symétrie
extérieure avant le XVIIème siècle.
Les grandes fenêtres complètement constituées (selon,
nos normes) apparaissent vers 1615 / 20. Le XVIIIème siècle
voit la naissance de grandes baies avec des balcons décorés
de garde-corps en ferronerie.

Maison datant du XVIème siècle. La disposition des
ouvertures n'a rien de symétrique.
(Rue du Chapitre)
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Grandes ouvertures du XVIIIème siècle. On remarque
une fenêtre murée, souvenir probable de l'impôt
sur les portes et fenêtres du XIXème. (Rue Carnot)
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Vitrages et
fermetures
Le verre est un produit de luxe rare avant le XVème siècle.
Jusqu'à cette date, les fenêtres sont fermées par
du parchemin, de la toile passée à la cire blanche, à
la résine , à la térébenthine, du papier huilé,
de la vessie de porc, sauf, bien entendu dans les 'ostels' les plus luxueux.
Toutefois, les " fenestres verrines " apparaissent plus tôt
qu'on ne le pensait généralement , surtout dans nos régions
septentrionales où le besoin de lutte contre le froid se fait sentir.
Au début ce n'étaient que des panneaux fixes de vitrage
munis de croisillons au plomb. Parmi les raisons qui justifient l'adoption
du verre, en voici une qui, si elle n'est pas très justifiée,
n'est pas moins intéressante : le verre préserve les hôtes
de la maison des dangers de la peste qui se propage par les fenêtres
dépourvues de fermetures ! Du temps de Montaigne (deuxième
moitié du XVIème siècle ) " il n'est si petite
maison qui ne soit vitrée et les bons logis en reçoivent
un grand ornement et en dedans et en dehors. "
De fait, à partir de 1450, se multiplient dans les documents les
mentions de " verrières blanches ", de " verres
à voir " et des baux à Rouen précisent que les
fenêtres sont verrées.
Des volets, appelés
vantaux, munis de verrous coulissent dans des rainures: le volet à
guillotine monte et descend devant le fenêtre et au repos se trouve
devant l'allège (la partie située sous l'ouverture). Au
XVème siècle ce système commence à céder
la place au volet ouvrant à charnières scellées dans
la maçonnerie, tel que nous le connaissons.
Lucarnes
Les lucarnes se
sont developpées lorsqu'on a abandonné le pignon pour le
gouttereau, celui-ci pouvant se couvrir de "fenêtres pendantes"
comme on disait alors. ( Le mot 'lucarne' ne sera pas employé avant
le XVIIème siècle.)
Sa façade est montée sur la dernière sablière,
en continuation et dans le même plan que le pan de bois; elle comporte
une allège - également en pans de bois et hourdis- ( à
moins qu'il n'y ait une bande de surcroît, auquel cas c'est ce surcroît
qui sert d'allège) qui sert de garde-corps, le fond étant
le plancher du grenier.
Le plus souvent, le toit de cette lucarne est à bâtière,
c.a.d. deux pentes ( comme l'est aussi celui de la plupart des maisons
de l'époque) et le petit toit déborde largement la lucarne
elle même: ceci permettait de protéger l'ouverture de la
pluie et aussi, en l'équipant d'une poulie, d'utiliser le grenier
comme espace de stockage. (On voit encore les traces de cette poulie dans
une maison de la rue Potard). Si de nombreuses lucarnes n'ont plus cette
avancée, c'est qu'au cours des siècles elle a été
rasée par souci d'économie lors de travaux d'entretien.
On nomme ce type
de lucarne une 'demoiselle' par référence aux
demoiselles médiévales qui se couvraient largement
la tête de coiffes en pointe pour se protéger du
soleil.
Sur cette photo,
la bande de surcroît sert aussi d'allège.
Rue
Potard
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Un autre modèle est plus tardif: il est basé sur une toiture
en croupe à trois pentes - au lieu d'une bâtière
à deux pentes - avec une avancée (de taille variable).
On appelait cette lucarne une 'croupe redressée' avant de l'appeler
d'une façon plus élégante une 'Capucine': en effet
la forme de la toiture de la lucarne rappelle la 'capuce' que portaient
les Capucins (encore appélés les Cordeliers), ce capuchon
qui retombait en avant sur le visage.
Comme pour les Demoiselles, lors de travaux de réfection , les
Capucines ont souvent été raccourcies et amputées
de leur avancée.
La croupe simple - un toit à trois pentes, conçu sans
dépassement - deviendra la forme la plus fréquente; on parlera
dès lors de 'lucarnes en croupe' et rapidement le chapeau devient
bombé et le haut de la fenêtre arrondi. C'est le modèle
de lucarne devenu courant dès le XVIIème siècle
et unique au XVIIIème.
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Capucine,à
gauche et croupe simple à droite, l'une et l'autre rue
Bourbon Penthièvre
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Cette
photo de plusieurs maisons 'à une couverture' montre les
trois types de lucarnes;
1
- Demoiselle
2 - Capucine
3 - Croupe simple
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Il existait
aussi parfois des lucarnes hypertrophiées, ce qui pouvait être
un autre marqueur social pour indiquer l'importance du logis en question.
Malheureusement, ces maisons ont disparu à Vernon pendant la
dernière guerre et il ne nous en reste que des dessins, tel celui
d'Alphonse Poulain ou la reconstitution d'une maison du XVème
/ XVIème siècle qu'il avait fait bâtir vers 1930.
Rue Malot
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Rue Carnot
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