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VERNON and GIVERNY, PASSIONATELY - VERNON und GIVERNY MIT BEGEISTERUNG
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La découverte de Giverny par les artistes (américains pour la plupart) mêle histoire et fiction. A en croire ce qui se raconte couramment à Vernon et à Giverny, un peintre américain, Willard Metcalf, aurait découvert l'endroit en 1886 par hasard, sans même connaître la présence de Monet dans le village ; il aurait été le premier client du futur Hôtel Baudy et tout un groupe de peintres serait venu s'installer dans les semaines ou les mois qui suivirent. Toutefois, il semble bien que la raison pour laquelle Metcalf soit venu à Giverny n'ait pas été pour peindre, mais pour ramasser et étudier des œufs et plutôt que de parler de peinture avec Claude Monet, il a peut-être parlé botanique et ornithologie avec les enfants du maître. Mais ce qui est le plus important pour mettre en doute l'explication donnée à Giverny c'est la date de 1886 car Metcalf est venu dès 1885 ! Le musée historique de Old Lyme, aux Etats-Unis, conserve une jolie collection de coquilles d'œufs ramassés par Metcalf à Giverny pendant ses divers séjours, dont un œuf de merle qu'il a daté de mai 1885 ! Alors est-il venu pour la peinture ou l'ornithologie ?… Sans doute les deux, mais dès 1885!
Alors, à quelle date les premiers peintres américains sont-ils arrivés à Giverny? On sait que John Singer Sargent y avait séjourné dès 1885 -un an avant la découverte qu'aurait faite Metcalf d'après ce qui ce dit ici (1886) - et avait même travaillé aux côtés de Monet. (Certains historiens de l'art pensent que Sargent avait rencontré Monet dès la seconde exposition impressionniste de 1876.)
On peut également penser que Théodore Robinson est aussi passé à Giverny la même année (ou au minimum connaissait la présence de Monet) puisqu'il a été présenté à Monet cette année-là par Deconchy, peintre qui habitait Gasny (village situé à tout juste quatre kilomètres de Giverny).
D'autres sources rapportent une histoire différente encore : le peintre anglais Dawson Dawson-Watson se souvient que Leslie Breck lui aurait ainsi décrit la toute première visite à Giverny : "Au printemps 1887 [lui et] Willard Metcalf, Theodore Robinson, Blair Bruce, Theo Wendel, et un gars nommé Taylor mais dont il ne se rappelle plus le prénom [c'était Henry Fitch Taylor ] cherchaient où aller pour l'été. Ils déclinèrent les endroits habituels, Pont Aven, Etretat, Ecoigu et Grèz. Ils voulaient trouver un nouvel endroit et, en consultant le tableau des départs à la gare St Lazare, ils trouvèrent que Pont de l'Arche conviendrait bien. Ils décidèrent donc de visiter la ville et de voir si elle était aussi pittoresque que son nom l'indiquait. Le train pour Pont de l'Arche suivait la Seine et entrait en Normandie et il fallait changer à Vernon. En arrivant à Vernon, Metcalf leur fit remarquer un petit village aux maisons blanches et avec une église romane au pied de la colline de l'autre côté du fleuve et leur dit qu'il trouvait cet endroit joli. A Vernon, on leur dit que le village s'appelait Giverny. Une fois dans le second train, ils eurent le plaisir de revoir Giverny en traversant la Seine et en revenant sur leurs pas. Les peintres tombèrent tous d'accord que s'ils ne trouvaient pas Pont de l'Arche à leur goût, ils reviendraient à Giverny le lendemain matin. C'est exactement ce qui arriva. "
Monsieur Scott Atkinson, ancien conservateur de la fondation Terra, et à ce titre expert sur les peintres impressionnistes américains, écrit : "Cette explication est suspecte car on sait que Metcalf et Wendel étaient venus à Giverny l'année précédente. Cette anecdote est là pour justifier que la colonie a été formée par un groupe, et non pas par des artistes venus individuellement. "
Peu importe vraiment qui arriva le premier à Giverny et dans quelles circonstances. Le fait est que, dès 1887, nombre de peintres étaient présents à Giverny ; attirés par l'aspect rustique des lieux et par la lumière changeante de la vallée de la Seine et "le ciel normand avec ses nuages et la pluie toutes les demi-heures " comme le disait J. Carroll Beckwith (présent à Giverny vers 1891). Bruce, un canadien, qui jusque là peignait surtout à Barbizon et Grèz-sur-Loing, a été conquis par la région. Dans une lettre à sa mère datée de juin 1887, il parlait de "la colonie que nous avons installée ici dans la plus belle région de France avec la Seine qui coule pratiquement devant notre porte " et il ajoutait que Giverny est "supérieur à Barbizon dans tous les domaines."
On sait que les habitants de Giverny n'étaient absolument pas préparés (ni commercialement ni socialement ) à la venue de jeunes artistes, étrangers pour la plupart, qui arrivèrent en masse dès que la nouvelle de la présence de Claude Monet se fût répandue. Ce village, spécifiquement agricole à cette époque, ne possédait que quelques petits cafés et une épicerie et rien ne le destinait à devenir un lieu d'attraction artistique et culturelle.
L'Hôtel Baudy en 1925 [8] Les Baudy recevaient tous les artistes qui passaient et leur livre de police dans lequel ils notaient le nom des clients est un 'Who's Who' international de l'art. Leur établissement était non seulement un hôtel mais surtout le lieu principal de la vie sociale et artistique de Giverny et il est vraisemblable que, sans le sens commercial mais aussi social du couple Baudy,.Giverny ne serait jamais devenu une colonie d'artistes.
Tout un monde inconnu des villageois venait passer l'été, parfois séjournait plus longtemps ou s'installait pour des années. Ce fut le cas de Mary et Frederick Mac Monnies qui ont fréquenté Giverny dès 1984 avant de s'y installer en 1898 dans un ancien monastère que ses amis avaient surnommé le "MacMonastery" (aujourd'hui, 'Le Moutier'), une des plus belles propriétés de Giverny dont le jardin, que Mary peignait en toutes saisons, rivalisait dit-on avec celui de Monet. Frederick, bien qu'il peignît aussi pendant son séjour à Giverny, était avant tout sculpteur, un des plus connus du mouvement de la Renaissance Américaine. (Diverses œuvres du couple sont exposées au Musée AG Poulain à Vernon.) On pourrait citer aussi, par exemple, Stanton Young, ancien pensionnaire de l'hôtel Baudy, qui s'est ensuite installé dans un ancien moulin. On pourrait encore mentionner Mary Wheeler qui, en plus d'être une artiste reconnue, dirigeait une école privée de haut niveau à Providence (près de Boston). Elle envoyait ses étudiantes à Giverny, où elle avait acheté une ancienne ferme, pour leur faire donner des cours de peinture par des peintres célèbres. Au début des années 1900, Richard Miller un autre peintre reconnu, a dirigé plusieurs de ces cours d'été. Miller, très lié avec Carl Frieseke, est resté à Giverny jusqu'en 1914.
Derrière la voie ferrée, celle qui passait entre les deux jardins de Claude Monet, on remarque l'ancien moulin
Les premières vagues de peintres étaient de vrais professionnels - étudiants ou artistes déjà reconnus - mais, les années passant, arrivèrent aussi des débutants, des amateurs, souvent des jeunes femmes pour qui passer un été dans une colonie d'artistes était plus une obligation sociale ou un agréable divertissement estival qu'une nécessité artistique. Une intense vie sociale internationale mais surtout franco-américaine s'était développée à Giverny. Baudy était 'l'hôtel des peintres américains' où l'on dansait le soir en buvant du whisky - alcool que les Baudy ont été parmi les premiers à importer en France. On connait, par exemple, la note de bar qu'a payée Cézanne :"Monsieur Cézanne, deux whisky avec Monsieur Monet." Cette jeunesse menait à Giverny une vie parfois très bohème qui ne respectait pas toujours la morale plus traditionnelle. A côté de tableaux montrant des femmes dans des tenues et attitudes très 'respectables', Frieseke a aussi peint des nus au soleil plus suggestifs, ce qu'il n'aurait jamais osé faire chez lui dans le Michigan ainsi qu'il l'a dit lui même dans plusieurs lettres; et la propriété nommée Le Moutier, un ancien monastère occupé par la famille MacMonnies, avait la réputation d'être un endroit aux mœurs très libres (" une zone libertine" écrit Derrick Cartwright.)
Dès 1887, il y avait tant de monde à Giverny que Monet disait: "Quand je suis arrivé à Giverny, j'étais tout seul et rien ne troublait la quiétude du petit village. Maintenant, il y a un tel nombre tant d'artistes et d'amateurs que j'ai souvent envie de déménager." Bien sûr, Monet n'a pas quitté Giverny, mais il s'est coupé de plus en plus de la colonie des artistes, ne recevant que quelques amis proches comme Sargent (Monet avait accroché des tableaux de ce peintre dans sa chambre), Robinson ou Lila Cabot Perry qu'organisa la première exposition Monet aux Etats unis et y vendit le premier Monet. John Leslie Breck, un temps admis dans l'intimité du maître, fut sommé de décamper quand il apparut qu'il courtisait Blanche Hoschedé, et Monet se plaignit alors qu'il était submergé par les " foutus américains ". Monet ne put se résoudre à laisser sa belle fille épouser cet homme, et si sa sœur Suzanne épousa Théodore Butler par la suite, ce ne fut pas sans que Monet ait beaucoup hésité avant d'accepter. On connaît, par exemple, la lettre qu'il adressa à Alice : "Je trouve cela (l'idée du mariage avec Butler) inquiétant. Vous avez le devoir, après ce qui s'est passé, de refuser votre fille à un américain à moins qu'il ne soit connu de vous par relations ou par présentation mais non rencontré sur la route. " C'est ce mariage que montre le célèbretableau de Robinson, son chef d'œuvre peut-être.
La guerre de 1914 - 18 a entraîné le déclin de la colonie d'artistes : la plupart d'entre eux sont partis et rares sont ceux qui sont revenus une fois la paix retrouvée. Puis la mort de Monet le 5 décembre 1926 a porté un coup très dur à Giverny. Dans les années 1930 sont encore venus quelques peintres et écrivains surréalistes (dont Aragon) qui ont permis à Giverny de conserver un peu de sa réputation comme lieu propice à la création artistique et le village s'est endormi. Ces artistes qui ont quitté Giverny, sont repartis dans leur pays, aux Etats Unis où ils se sont regroupés en nouvelles colonies, à .Shinnecock, dans l'état de New York, à Monhegan Island dans le Maine, Gloucester et Provincetown dans le Massachusetts. Citons encore la colonie de Cos Cob, une des plus importantes où ont travaillé Childe Hassam, John H. Twachtman et Theodore Robinson, et n'oublions pas Old Lyme, un 'Giverny américain' disait-on , dont la maison de Miss Florence Griswold était rapidement devenue une sorte d'hôtel Baudy bis.
La maison de Florence Griswold à Lyme [20] Après des années d'oubli, la renaissance de Giverny est venue lorsque l'Académie des Beaux Arts a créé la Fondation Claude Monet et a entrepris de gigantesques travaux pour redonner vie à la propriété du peintre. Dans les années qui ont suivi, la Fondation Terra et des investisseurs privés ont complété la restauration des sites historiques d'une si grande importance culturelle. Maison de Claude Monet [21]
Webographie :
The Values of Cultural Exchange. ' Theodore Robinson: Pioneer of American Impressionis. French Connections: American Expatriate Artists in the Age of Impressionism. William Blair Bruce - Rain in Giverny. Photos : 1, 9, 10, 11, 21 : Les partenaires de l'Office de Tourisme: Vernon et environs
D'autres pages sur le jardin de Claude Monet, sa vie, son œuvre et sur Giverny : Bienvenue à Giverny (comporte aussi des information pratiques pour la visite) Plus " exotique " et plus inattendu: Et pour finir la journée à Giverny, une petite balade dans les collines de Giverny
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