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Les 'Rois Maudits' et Vernon :
Les télévisions belge et française (et peut-être d'autres encore) ont diffusé " Les Rois maudits " à la fin de l'année 2005. Même si les auteurs de cette émission ont pu prendre des libertés avec l'Histoire (avec un grand H !) , cette série télévisée dans laquelle s'entremêlent intérêts, adultères, politique et religion repose sur une base historique dans laquelle notre ville de Vernon tient une place, certes secondaire, mais non négligeable. Une partie des
faits de cette fresque historique tourne autour des reines adultères
- en particulier de Marguerite de Bourgogne.
Or ce mariage a été célébré à Vernon... On peut se
demander pourquoi un mariage royal a pu se dérouler dans cette
petite (et somme toute obscure) châtellenie.
Remarquons d'abord
que le roi de France, à l'époque, n'avait pas de résidence
attitrée, rien qui approchât la taille et la magnificence
des futurs Chambord, Fontainebleau et encore moins de Versailles. La
cour était itinérante, allant d'un château à
l'autre, comme dans les royaumes du Haut Moyen Age. Peut-être
était-ce en partie parce que le roi devait se " montrer
" aux grands Seigneurs et au peuple de ses domaines, pour revivifier
sans cesse le lien vassalique qui l'unissait aux élites du royaume
; mais aussi parce que, selon les théories économiques
du Moyen Age, le roi devait " vivre du sien ", c.à.d.
des ressources de son domaine royal (cens, droits de justice, tonlieux,
péages sur les routes, etc
) qui étaient souvent
payées non en espèces mais en nature. Le séjour
dans une ville permettait de consommer ces produits et ne se prolongeait
que le temps nécessaire à les épuiser. Le roi,
accompagné de sa cour, c.à.d. de certains services administratifs
et judiciaires, partait ensuite séjourner dans une autre ville
royale. Il faut aussi savoir qu'avant le XVème siècle, un mariage, même celui du fils du roi, restait une affaire privée et non une affaire publique ou politique dans la plupart des cas. (Attention, nous parlons là de la cérémonie de mariage elle même, pas du choix de la fiancée qui est un acte politique majeur longuement préparé par les deux parties.) C'est certainement la raison pour laquelle on ne dispose d'aucune information précise sur le mariage de Louis avec Marguerite dans les archives, qu'elles soient locales ou nationales. De plus, on sait qu'avant le la fin du XVème siècle, la cour royale n'avait pas le faste et l'ostentation qu'elle allait prendre avec les derniers Valois et plus encore avec les princes de la Renaissance. Rien n'empêchait donc un simple château comme celui de Vernon d'être le lieu d'un mariage princier que l'on ne considérait pas comme un événement politique majeur, mais comme une simple fête familiale.
Les noces furent donc célébrées dans la chapelle du château, qui était dédiée à Saint Jean. Il n'était en effet pas rare à l'époque de célébrer les mariages dans les chapelles castrales, comme cela s'était produit pour Blanche de Castille et Louis VIII le 23 mai 1200 dans la chapelle du château de Port Mort, à quelques kilomètres de Vernon.
Après
le mariage, l'Histoire de cette princesse et de son mari s'éloigne
pour un temps de notre ville avant d'y revenir 10 ans plus tard.
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Maurice Druon
de l'Académie Française, dans sa fresque historique publiée
de 1955 à 1960 sous le titre des Rois maudits a évoqué
ce tragique épisode.
Cette tour, quai Conti à Paris, sur le site de l'Institut de France et de la bibliothèque Mazarine et démoli en 1663, passait selon une tradition légendaire pittoresque mais totalement fausse pour avoir été le théâtre des "orgies" des deux surs. La légende dit que les amants d'un soir étaient jetés dans la Seine, enfermés dans un sac. Peut-être les deux femmes pensaient-elles qu'un amant ne peut servir qu'une seule fois ! Le célèbre philosophe Jean Buridan aurait même pris soin de faire stationner une barque remplie de foin sous les fenêtres de la tour afin d'avoir la vie sauve quand les princesses le feraient jeter dans la Seine au petit matin . C'est donc au Château Gaillard que Marguerite, préalablement tondue et vêtue de toile grossière, fut enfermée. Les chroniqueurs et les historiens ne sont pas d'accord sur les conditions de la détention ni sur son lieu exact: certains parlent d'appartement, d'autres de cachot, certains la voient enfermée dans la partie haute du donjon ouvert au vent et au froid, d'autres dans un cachot souterrain et précisent même qu'il s'agit de celui qui s'ouvre au pied du donjon, côté nord.
Le beau père,
Philippe le Bel, mourut à la fin de cette même année
1314 et l'arrivée sur le trône de Louis, devenu Louis X,
compliquait la situation. Marguerite devenait du coup reine de France.
D'une part on pouvait difficilement concevoir de laisser une reine en
prison, d'autre part, chaque roi se doit d'avoir un héritier qui,
à son tour montera sur le trône. Or des trois maris concernés
par cette affaire d'adultère, c'est Louis qui manifesta le moins
de mansuétude et il considéra que son honneur avait été
irrémédiablement bafoué. Dans ces conditions, pas
question de reprendre la reine à ses côtés. Mais plus
question non plus d'avoir une descendance ! C'est alors que Marguerite mourut le 30 avril 1315 (le 15 août 1315, selon certains). Est-elle décédée
de mort naturelle, liée au froid, à la misère physique
de la détention et à la maladie ? Fut-elle assassinée
sur l'ordre du roi ou avec le consentement tacite de celui-ci ? On ne
le sait. Ce n'est qu'au XVIIème siècle qu'on commence à
trouver chez les historiens l'hypothèse d'un assassinat par étranglement.
Les contemporains ne parlent que d'une mort naturelle, mais quel chroniqueur
aurait pu écrire qu'il en était autrement quand on sait
le traitement horrible qui fut réservé aux amants, Gautier
et Philippe d'Aulnay ? Pour ce qui est
de la suite, tous les chroniqueurs sont d'accord : Marguerite fut inhumée
à Vernon , au couvent des Cordeliers ( Franciscains mineurs) : Nous retrouvons donc notre reine à Vernon après dix ans d'absence. Entre temps, son père, Robert II de Bourgogne, était venu mourir à Vernon et avait été enterré dans ce même couvent des Cordeliers (avant que ses restes ne soient transportés plus tard à l'abbaye de Cîteaux).
Pourquoi dans
ce couvent ? Quant au fait de savoir si elle fut inhumée dans l'église même, consacrée à Saint Eloi, où ailleurs dans le couvent, il faut se reporter au cas de sa cousine, Blanche. Après avoir passé 10 ans enfermée au Château Gaillard, elle put se retirer à l'abbaye de Maubuisson (près de Pontoise). Elle y fut inhumée en 1326, mais dans la salle capitulaire, comme si le passé adultère de cette reine (elle le fut pendant quelques mois) l'avait privée du droit à une sépulture dans l'église même. Alors Marguerite de Bourgogne fut peut-être aussi enterrée dans la salle capitulaire du couvent des Cordeliers. Hélas pour nous, ce couvent a disparu à la Révolution, tout a été rasé, église, monastère et tombeau et rien ne subsiste pour nous indiquer où était la tombe et quel aspect elle avait..
Il est possible que la tombe de Marguerite soit encore là. Aujourd'hui, on trouve à cet emplacement un terrain vague qui risque d'être, dans quelque temps, transformé en parking. On connaît la loi qui oblige les promoteurs immobiliers à pratiquer des fouilles archéologiques à leurs frais à l'endroit où l'on soupçonne l'existence de vestiges anciens. Dans le cas qui nous intéresse, il n'est pas question de " soupçonner " ces vestiges, on a la preuve de leur existence. Mais quel promoteur accepterait alors d'engager des frais énormes en s'intéressant à un tel terrain? Son sous-sol risque donc de rester encore longtemps mystérieux. Peut-être cache-t-il des trésors archéologiques et pourquoi pas la tombe de cette malheureuse reine de France ?
Bibliographie * Les reines
adultères, étude historique * Histoire
de Vernon et de sa châtellenie * Les brus
du roi et la mort de Philippe le Bel Remerciements particuliers à Monsieur Baboux du Cercle d'Etudes Vernonnais (société savante d'histoire locale ) dont l'aide a permis la réalisation de cette page. |
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