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Monet, la Normandie
et la Seine
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Monet, un Normand,
un homme de la Seine ?
Qui pourrait en douter ? Il suffit de se souvenir des endroits où
il a vécu…. Né à Paris en 1840, il a passé
son enfance et son adolescence au Havre, et les 43 dernières années
de son existence, à mi chemin entre ces deux villes, au confluent
de l'Epte et de la Seine, à Giverny où il est mort en 1926,
Entre ces deux lieux qui encadrent sa vie, d'autres l'ont rythmée
- Bougival, Argenteuil, Poissy et Vétheuil- toujours sur la Seine,
qu'il a peinte si souvent et en toutes saisons. Et n'oublions pas ses
séjours à Rouen ou dans divers lieux entre Vernon et Vétheuil
!

La maison qu'habitait
Monet à Vétheuil
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La Seine à
Lavacourt, 1880 - Dallas Museum of Arts
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Frederick
Carl Frieseke (1874-1939)
Femme dans un jardin, vers 1912 © TFAA
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Faut-il
un autre indice de sa " normalité " ? On dit que les normands
n'ouvrent guère leur porte aux inconnus, qu'ils sont bourrus
et peu amicaux. C'est aussi ce qui se disait de Monet, lui qu'on voyait
rarement déambuler dans les rues de Giverny et qui répondait
par un grognement bourru au salut qu'on lui adressait. Quant à
ouvrir sa porte : ce n'était que pour quelques intimes parmi
lesquels Clemenceau, Geffrey ou Bonnard, son voisin vernonnais Quant
à la plupart des nombreux peintres américains qui formaient
la 'colonie' de Giverny, ils ne le voyaient que rarement et ils ne
franchissaient qu'exceptionnellement le seuil de la demeure du maître.
On pourrait citer l'exemple de Frieseke qui a résidé
pendant trente années dans une propriété jouxtant
celle de Monet. Il ne fut invité à pénétrer
chez ce dernier que longtemps après son arrivée et encore,
ce ne fut pas Frieseke, le peintre, qui fut invité mais son
épouse qui se passionnait pour le jardinage et qui, de ce fait,
se lia d'amitié avec Monet.
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A l'âge de seize ans,
Monet rencontre Eugène Boudin originaire d'Honfleur. C'est là
aussi qu'il fait la connaissance de Jongkind et ces deux peintres l'initient
à la peinture en plein air. C'est encore là, à la
ferme saint Siméon, au-dessus de Honfleur, que, quelques années
plus tard, Monet et d'autres " enfants terribles " de la peinture
impressionniste, comme Corot, Sisley, Pissarro ou Renoir, se retrouvent.

Phare de l'Hospice,
1864 - Kunsthaus, Zurich
Trouville, à
quelques kilomètres de là, est aussi un lieu dont
les plages, la mer et le ciel ont inspiré Monet.
C'est dans tous ces
endroits qu'il a construit sa peinture avec les paysages de la
Manche, à force de ciels, de vent, de ports, de plages
et de falaises.
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La plage de Trouville,
1870
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Sous son
pinceau, les plages se peuplent de couleurs claires, et le ciel
devient un spectacle sans cesse renouvelé. Le ciel marin
rapidement change, et la ligne d'horizon n'est qu'un prétexte
pour étudier le bleu. Mer et nuages se correspondent. Monet
est peintre d'atmosphère marine, d'un bleu qui subit les
variations rapides de la lumière normande.
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Régates à
Ste Adresse, 1867 -
Metropolitan Museum of Art
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Monet est certes un peintre de plein air, mais il va plus loin que la simple observation et, sans cesse, il se pose des questions sur son art : quelle est l'essence de la peinture de paysages? Comment la réaliser? Comment faire un tableau qui soit à la fois descriptif et expressif ?
Les réponses définitives sont venues pendant les vacances de 1880 sur la côte normande : rivages et falaises vont donner de la force à ses œuvres des quatre années suivantes : devant ces falaises, il réinvente son art pour une plus grande liberté de création.
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A gauche : Les villas de Sainte Adresse au Havre, où Monet a souvent séjourné chez sa tante
à droite : la villa Juliette, à Pourville où le peintre descendait lors de ses vacances
En particulier, ses séjours à Pourville, près de Dieppe lui procurent tous les sujets qu'il souhaite : falaises, filets de pêche, église et surtout, la mer. C'est là qu'il a vraiment commencé ces séries qui allaient le rendre si célèbre, peignant le même sujet à des heures et dans des conditions météorologiques diverses.
Voici quelques uns des tableaux qui constituent une série peinte plus tard (1896) : les falaises de Pourville.
Pourville - Effet de soleil couchant - 1896
Musée de Vernon
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Pourville -
Falaise - 1896
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Falaise à
Pourville
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Falaise à
Pourville le matin - Musée de Montréal
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Quand on parle de la Normandie on pense souvent à son climat changeant, doux mais réputé si humide, à ses nuages et à ses brumes.
Le ciel normand se caractérise par sa mobilité : les vents de noroit y poussent les nuages qui naissent, passent ou s'effilochent en ombrant la Seine. Il est aussi tout en nuances d'un jour à l'autre et même d'une heure à l'autre, pâle, laiteux, dense, cendreux, sombre ou ouaté... Un soleil intense peut darder ses rayons ou bien disparaître dans la brume ou le brouillard. Autant de nuances que Monet a cherché à saisir.
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La Seine près
de Vétheuil, Orage, 1878
Collection
particulière
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Deux pêcheurs,
1882 - Collection particulière
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Les falaises
des Petites Dalles, 1880 - Museum of Fine Arts -USA
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Les tableaux de Monet sont donc marqués par un air venu de la côte normande. Bleu des cieux, blanc laiteux ou gris cendré des nuages, mouvements du vent, tout est suggéré sur la toile par la juxtaposition subtile des couleurs. Plus tard, le maître sera aussi fasciné par le brouillard que ce soit celui de la Tamise à Londres, ou celui des série des brouillards sur la Seine avec les mouvements et les reflets qui deviennent ainsi, à eux seuls, des motifs répétés de nombreuses fois.
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Le Parlement, effet de brouillard, 1904 -
Museum of Fine Arts, St. Petersburg,
USA
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Bras de la Seine près de Giverny - Brouillard, 1897 -
North Carolina
Museum of Art
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Bras de la Seine près de Giverny -
Brouillard, 1897-
Collection particulière
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Les tableaux ci-dessous, extraits d'une série de huit peinte en 1894, montrant Vernon et la Seine, illustrent bien comment Monet jouait avec le ciel et l'eau.

L'église de Vernon - Soleil
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L'église de Vernon - Brouillard -
Collection Rosengart, Lucerne
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L'église de Vernon - Temps gris -
Collection particulière
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L'église de Vernon - Brouillard -
Shelburne Museum, USA
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Et puis il y a le vent bruissant dans les peupliers qui lui a inspiré les touches légères de nombreux tableaux peints sur les bords de l'Epte…

La vallée de l'Epte à Giverny, 1889
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Trois arbres en été, 1891 -
National Museum of Western Art, Tokyo
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Peupliers, effet blanc et jaune, 1891 - Philadelphia Museum of Art
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Ainsi on retrouve tout au long de son œuvre le leitmotiv de l'eau et de la lumière saisies sous toutes leurs formes au cours des séances de peinture en plein air. Depuis l'époque où il peignait au fil de la Seine les paysages des environs d'Argenteuil, il n'a cessé d'être fasciné par les jeux de miroir, les ombres colorées, les reflets, les lueurs, les irisations et les frissons de l'onde, et il les a déclinés magistralement dans toutes ses compositions.

Le bassin aux nymphéas, harmonie verte - 1899 - Musée d'Orsay
Le pont sur le bassin aux nymphéas, Giverny 1900 - The Art Institute of Chicago
La bassin aux nymphéas, les iris d'eau - 1900 - Collection particulière
(Cliquer pour agrandir)
La contemplation du ciel qui se reflète dans l'eau a amené Monet aux frontières de l'abstraction en tournant le dos aux formes réalistes. La perspective et l'espace, si importants au maître quelques années plus tôt, disparaissent de ses tableaux. Il cesse de regarder le pont japonais, les fleurs et les plantes et s'immerge dans la contemplation de l'eau qui sert de miroir au ciel.
Mais c'est toujours
le ciel normand, changeant et mobile, qui est reflété
dans le bassin aux nymphéas dont la surface changeante
peut varier du violet au bleu lavande...
Nymphéas,
1908 - Musée de Vernon
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... C'est aussi la
lumière dorée du soleil que Monet voit sur l'étang
: un reflet jaune orangé court sur l'eau au milieu des
reflets sombres des arbres.
Nymphéas
1907 - Mr Reruo Akai, Dainichi Co, Ltd
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Les formes et l'espace, si importants dans les premières années de son œuvre, disparaissent des toiles. Monet finit par opérer une véritable transmutation des couleurs et des éléments pour que le ciel, la terre, l'eau et la végétation s'interpénètrent dans des compositions proches de l'abstraction. Lors de l'exposition de Boston et de Londres de 1899, intitulée Monet au XXème siècle, les organisateurs voyaient en lui "un pulvérisateur de formes" qui exploite une impression visuelle pour donner une vision abstraite, ce qui fait de Monet, avec Cézanne, un des pères fondateurs de la peinture moderne et de la poétique de notre temps.

Le bassin aux nymphéas, 1917 - 1919 - Museum of Modern Art, New York
Bibliographie et webographie
* Sur les pas des Impressionnistes, Sophie Monneret, (éditions de la Martinière, 1997)
* Monet / Nymphéas, Christian Geelhaar (éditions Seghers, 1988)
* Claude Monet : « Vous me bombardez d’un monstrueux caillou de lumière... », Marie-Annick Sékaly
http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/claude monet vous me bombardez d'un monstrueux caillou de lumiere asp
* Monet's Long, Luminous Journey to the Edge of Abstraction, by Souren Melikian - International Herald Tribune
http://www.iht.com/articles/1999/07/17/monet.t.php
* Exploitation en interdisciplinarité de l’oeuvre de Monet, à Giverny par Marie-Rose Faure, DEFPAR / Institut de France
http://www.ac-rouen.fr/pedagogie/equipes/monet/plan.htm
D'autres pages sur le jardin de Claude Monet, sa vie, son œuvre et sur Giverny :
Bienvenue à Giverny (comporte aussi des information pratiques pour la visite)
La genèse du jardin de Claude Monet
Giverny, espace de métissage
Liste des fleurs et plantes
Calendrier de floraison
Giverny: une colonie américaine
Plus " exotique " et plus inattendu:
Giverny au pays de l'Oncle Sam : Old Lyme et Cos Cob
Giverny au pays du Soleil Levant : Kitagawa
Et pour finir la journée à Giverny, une petite balade dans les collines de Giverny

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