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La pierre de Vernon, des carrières aux monuments
La pierre, qu'elle
soit de Vernon ou d'ailleurs,
voilà un sujet qui peut sembler
rébarbatif et qui ne devrait guère mériter qu'on
lui consacre une page !
Pierre
de Vernon, pierre largement employée dans le patrimoine architectural
haut normand, de réputation régionale et plus encore, pierre
de prestige. Il y a fort longtemps
que la pierre de Vernon est connue et recommandée par les architectes.
Ainsi, Viollet le Duc écrit dans son " Dictionnaire raisonné
de l'architecture " :
Et l'auteur précise encore : " Alors on ne recule pas devant des difficultés de transport qui devaient être considérables lorsqu'il s'agissait de se procurer certaines pierres dont la qualité était propre à un objet spécial". En fait, c'est
à l'époque de Guillaume le Conquérant que la pierre
de Vernon a commencé à être exploitée pour
la construction de la collégiale Notre-Dame.
Aperçu géologique
Les spécialistes distinguent trois époques - et donc trois étages de pierre- qu'ils nomment le Cénomanien, en dessous, le Turonien à l'étage intermédiaire et le Sénonien au plus haut. Dans l'étage Sénonien, cette pierre ordinairement tendre, contient des niveaux plus durs qui forment ce qu'on appelle la pierre de Caumont, ou la pierre de Vernon. Facile à sculpter, malgré la présence de petits silex, cette pierre calcaire à grain très fin est caractérisée par sa blancheur : en effet, elle est presque totalement formée de carbonates de chaux à peu près purs c.à.d. avec une très faible teneur en argile. Du fait de l'érosion
conjuguée à une lente surélévation de l'ouest
du bassin parisien certains étages de craie sont plus ou moins
surélevés : ainsi, à Caumont ( près de Rouen),
les bancs ne sont situés qu'à 10 m au-dessus du niveau de
la Seine, alors qu'ils sont à 60m à Vernon.
C'est qu'une faille qui passe au pied des collines de la rive gauche a causé leur effondrement. Le résultat est que, à hauteur égale, on trouve les craies sénoniennes d'un côté de la Seine et des terrains tertiaires de l'autre.
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Emplois de la pierre de Vernon Cette pierre,
considérée comme plus prestigieuse que d'autres, a été
utilisée dans toute la Haute-Normandie pour les parties délicates
des monuments - en particulier les parties sculptées et autres
ornements délicats - alors qu'on prenait souvent la pierre de
Caumont (près de Rouen) ou une autre pierre locale plus ordinaire
et moins onéreuse pour le gros uvre, comme ce fut le cas
pour la cathédrale de Rouen et pour les abbayes normandes. Ainsi,
parlant de la Chapelle de la Vierge de la cathédrale de Rouen,
A Meyer (Histoire de Vernon) écrit à propos des pinacles,
réalisés en pierre de Vernon, qu'ils " sont d'une
ténuité qui les fait ressembler à des objets d'orfèvrerie
et semblent plutôt exécutés en métal qu'en
pierre. "
Au 20ème
siècle, avec l'utilisation croissante de nouveaux matériaux
de construction comme le béton, la pierre de Vernon a disparu
des chantiers lors de la reconstruction de la ville après la
guerre.
L'enquête de 1678 Il existe un
document daté de 1678 qui permet de mieux connaître l'emploi
qui a été fait de notre pierre dans les siècles
passés. Voici quelques extraits de leur rapport qui commence par la carrière de Port Villez, au sud de Vernon, sur la rive gauche: " Nous sommes montés au haut de la côte où est la carrière dont Elle ouvre du côté de la rivière et regardant le nord. Nous estimons que le sol de cette carrière est situé entre 20 à 23 toises au dessus du lit de la rivière. L'ouverture est fort grande, et le ciel est environ à 12 pieds au dessus du sol à l'entrée de la carrière. Le premier banc est assis sur une veine de cailloux à deux pieds au dessus du sol, ce banc, que l'on nomme franc a 2 à 3 pieds de hauteur, [ ] Il y en a un autre un peu moins dur de même hauteur, et de grand appareil, blanc avec quelques petits cailloux comme a celui de dessous. L échantillon est numéroté YY."
Puis les enquêteurs franchissent la Seine pour aller sur la rive droite. " Nous sommes allés à Vernonnet qui est un faubourg au bout du pont de Vernon [ ] Nous avons vu une carrière appelée la Carrière du Bassin, dans laquelle on ne travaille pas [ ] De là, nous serions allé au haut de la Montagne dans une carrière proche l'Hermitage appelée le Grand Atelier ou travaille Nicolas le Coeur ; son ouverture est tournée vers la rivière du côté du Midi et est, estime-t-on, à plus de 30 toises au dessus du niveau de la rivière. Le franc ban est posé sur le sol de la carrière et a 3 pieds environ de hauteur. II est fort blanc, d'un beau grain et parait avoir moins de cailloux que les pierres que nous avons vues devant le port de Villé. Il est tel que les échantillons marquées & &. L'on a vu au fond de la carrière une pierre de même banc abattue qui a 15 pieds de long sur 9 de large, telle que l'échantillon marqué & ~B. "
" Nous avons même remarqué que dans tous les bâtiments faits à Vernon, on n'a pas été soigneux de bien choisir les bonnes pierres, soit qu'ils n'eussent pas alors découvert les meilleurs bancs, ou qu'ils se servissent des plus tendres comme étant les plus faciles a tailler, lesquelles nous avons reconnu être d'une qualité facile à s'abîmer. " Les architectes se rendent ensuite à Gaillon où ils visitent le château presque entièrement construit en pierre de Vernon.Mais si certaines parties sont "fort endommagées en plusieurs endroits [ ] usées et mangées considérablement " dans d'autres endroits les pierres sont " chargées d'ornements très délicats, qui sont très entiers et bien conservés."
" Nous
avons aussi été dans l'abbaye de Bonport distante de Pont
de Larche d'environ un quart de lieue. Nous avons reconnu que la seconde
porte de la cour est de pierre de Vernon dans ses premières assises,
et le reste de St Leu mieux conservé que la pierre de Vernon.
Que conclure de tout ceci ? Que sous le nom unique de 'pierre de Vernon' se cachent en fait plusieurs qualités de pierre, soit selon les carrières, soit surtout à l'intérieur d'une même carrière : en effet, la pierre d'une même couche géologique n'a pas les mêmes caractéristiques selon le banc d'où on la tire. La plupart des
carrières de Vernon comportent quatre lits de pierres compris
entre le ' banc de ciel', c.à.d. le plafond de la carrière
et le sol.
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Les
carrières pendant la guerre Durant ces deux
périodes du conflit, les carrières creusées dans
les collines servirent de refuges à de nombreux Vernonnais. Ainsi, Jacques
Leclerc, alors âgé de 19 ans, se souvient de son séjour
dans la carrière de la Glacière en juin 1940 : Mais c'est surtout à partir de mai 1944, après les premiers bombardements à la fin d'avril, que les carrières vont abriter la population pour quatre longs mois. C'est là que les deux tiers des habitants du faubourg de Vernonnet se réfugièrent dans une dizaine de carrières. La place ne manquait pas puisqu'une carrière comme celle du Mont Roberge possède un réseau de galeries qui occupe une dizaine d'hectares sous la colline avec de hautes galeries de 6 à 8 mètres de large supportées par plus de 80 piliers de 6x6m Georges Séhet
(Vernon, 1940 1944, pages 26 27. Paru dans l'ouvrage du Souvenir Français
" Vernon est libérée ") raconte : Malgré
tout, la vie reprenait le dessus avec ses activités commerciales
et aussi ses douleurs et ses joies. Une autre carrière, celle de Mortagne, a un rôle militaire depuis 1939.
Après
avoir servi d'entrepôt à l'armée française,
elle fut réquisitionnée par les Allemands en 1943 et en
1944, l'organisation Todt commença l'aménagement interne,
dans le but d'accueillir, un jour, l'état major de Rommel, les
défenses de la Roche Guyon ( à moins d'un dizaine de kilomètres
de là) n'étant pas suffisamment sûres. Rachetée par l'Etat en 1947, la carrière abrite aujourd'hui des militaires qui occupent ce vaste réseau souterrain dans lequel a été créé un centre d'émissions radio grande puissance. Le 8ème Régiment des Transmissions a pour mission essentielle d'assurer les liaisons radio au profit du Ministère de la Défense et du Ministère des Affaires Etrangères avec toutes les ambassades et consulats français dans le monde. Comment se présente la carrière aujourd'hui ? Impossible de le dire : son accès est interdit puisqu'elle est englobée dans un périmètre militaire classé " secret défense "
La pierre de Vernon, un patrimoine à conserver et à faire connaître. C'est pour cela que, depuis 2001, le Club 41 organise tous les deux ans une journée de la sculpture sur pierre à Vernon..
Les dernières journées, qui se sont déroulées le 21 et 22 mai 2005 sur le thème " l'Art Gothique ", ont rassemblé une trentaine de tailleurs de pierre et de sculpteurs, venus de France et d'Allemagne, qui ont réalisé chacun une uvre en rapport avec le thème de l'année : chapiteau, gargouille, Vierge à l'Enfant, bénitier, etc.. Un jury a décerné des prix aux meilleurs travaux et le premier prix a été remis à Madame Adeline Montassier, sculpteur à Touffreville la Corbeline (Seine Maritime) pour son 'Saint Michel et le Démon'.
Pendant que les artistes étaient au travail, les visiteurs ont pu assister à diverses manifestations - visite commentée d'une des carrières d'où la pierre est extraite depuis dix siècles, conférence et exposition sur la géologie locale, visite-conférence sur l'architecture romano-gothique à travers l'exemple de la Collégiale Notre-Dame, exposition de photos sur l'Art gothique, etc sans oublier des ateliers pédagogiques à l'intention des scolaires.
Rendez-vous
est pris pour lesc19 et 20 Mai 2007. Vous y êtes, bien sûr,
cordialement invités
Remerciements
à Monsieur Baboux du Cercle d'Etudes Vernonnais (société savante
d'histoire locale ) dont l'aide a permis la réalisation de cette page.
ainsi qu'au Groupe Photo de la Région de Vernon (GPRV)
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