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Août 1944, Opération Neptune: les alliés traversent la Seine
"Vernon, France : " La traversée en force de la Seine à Vernon par la 43ème division (Wessex) en Août 1944 est encore de nos jours l'un des moments les plus importants de toute la Deuxième guerre mondiale. L'Opération Neptune a opposé une division anglaise à une division allemande. D'un côté, une unité solidement équipée et endurcie par les combats , une unité formée de soldats venant de l'ancien royaume du Wessex (Note : le sud ouest de l'Angleterre), appuyée par la meilleure artillerie du monde et soutenue par des chars. De l'autre côté, une division statique de seconde zone, aux maigres effectifs, composée d'hommes de diverses nationalités qui avaient été enrôlés pour une guerre que l'Allemagne avait déjà perdue. Sur le papier, les forces britanniques étaient assurées du succès, mais entre ces deux armées il y avait un fleuve, la Seine que dominaient, à l'endroit choisi pour la traverser, des collines escarpées et truffées de points d'appui pour la défense. Les Allemands attendaient, ils étaient aussi préparés que jamais. " [1] Ces quelques lignes constituent l'introduction à un jeu vidéo nommé " Opération Neptune ", dont le scénario est fondé sur la véritable Opération Neptune. Mais pour les hommes engagés dans l'action et surtout pour les centaines de victimes d'un côté et les milliers de l'autre, ce n'était hélas pas un jeu.
L'arrière-plan historique Après le 6 juin 1944,
l'intense résistance des Allemands et la nature même du terrain
ont retardé l'avance des Alliés à l'intérieur
de la France jusqu'au 8 août, date à laquelle la 1ère
armée canadienne a lancé l'opération Totalize, qui
a amené la prise de Falaise le 17 et la chute de la Poche du même
nom, avec d'énormes pertes en hommes et en matériel pour
les armées allemandes.
La destruction des ponts Bien avant le Jour-J, on avait adopté une stratégie concernant les bombardements: il avait été décidé de bombarder les installations pétrolières allemandes en pensant qu'une pénurie d'essence était le meilleur moyen de réduire la capacité de combat des forces allemandes aériennes et terrestres. On avait aussi décidé de concentrer les attaques sur les gares de triage, sachant que cela pourrait seulement entraver mais pas empêcher l'arrivée de matériels et de renforts. Une autre solution aurait été d'isoler le champ de bataille normand en détruisant les ponts sur la Loire et sur la Seine. Les Etats-Majors de l'aviation américaine ainsi que ceux des forces au sol des généraux Bradley et Montgomery soutenaient cette idée. Cependant il y avait une difficulté d'ordre technique : combien de tonnes de bombes faudrait-il pour qu'un pont soit rendu impraticable? 1.200 tonnes par pont, c.à.d. de 600 à 1.200 sorties, disaient certains. D'autres pensaient qu'il en faudrait trois fois moins. Mais personne n'en savait rien puisque de telles opérations n'vaient encore jamais été lancées. Après de longues discussions au plus haut niveau (auxquelles même le Premier Ministre Winston Churchill participa), il fut décidé de faire un essai le 7 mai 1944, sur six ponts sur la Seine avec seulement 50 chasseurs-bombardiers P-47 équipés chacun de deux bombes de 500 kilos. Rien de ce qui avait déjà été entrepris auparavant ne permettait de savoir si on pourrait endommager au moins un seul pont.
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Les photos prises après l'attaque montrant le pont sous l'eau furent sur le bureau de tous les généraux le lendemain matin, et il fut décidé d' 'encager' la Normandie en détruisant tous les ponts sur la Loire et la Seine. Ainsi, bien avant le Jour-J tous les ponts étaient impraticables et les Allemands durent passer sur des barques et des pontons. Les mouvements de troupes furent si ralentis et si gênés que les renforts n'arrivèrent sur le front normand qu'au coup par coup et souvent trop tard. Le contexte géographique Le Général
Horrocks, qui commandait le 3ème corps britannique décida
de passer la Seine à Vernon. C'est certainement la présence
d'une grande route filant vers Beauvais et le nord de la France qui
a dicté ce choix. De Vernonnet, une route court parallèlement au fleuve (à l'est vers Giverny et à l'ouest vers Pressagny l'Orgueilleux et Les Andelys) et deux autres routes passent à travers les collines : au nord-ouest, la route principale vers Tilly et Gisors et une autre, plus petite, au nord-est vers Gasny et Bois Jérôme. De plus, derrière la falaise, on trouve une forêt épaisse qui pouvait offrir un couvert bien utile pour les renforts allemands venant du nord. Dans le fleuve, une série d'îles, de bancs de sable et de hauts-fonds cachant des îles à demi submergées - certaines même inconnues des services de renseignements - autant d'éléments susceptibles de causer des difficultés aux assaillants De plus, la rive gauche (côté Vernon) était trop raide pour qu'on puisse mettre des bateaux à l'eau sans disposer de rampes - à construire sous le feu ennemi ! Enfin, les reconnaissances aériennes avaient montré que les deux ponts étaient détruits (le pont de chemin de fer à l'ouest du centre ville et le pont routier en plein centre) Toutefois, les Allemands avaient procédé à quelques réparations sommaires sur ce dernier, si bien que l'infanterie pouvait le franchir, mais sur une seule file, tout en étant directement exposée à l'ennemi.
Les forces en présence Un Kampfgruppe d'environ
250 hommes du 148ème régiment de Grenadiers était
déployé dans Vernonnet et tout autour sur la rive droite
(nord) du fleuve et un autre groupe, avec aussi 250 hommes, se trouvait
à Giverny à 4 km de là. Ils étaient dotés
uniquement d'armement léger, de canons de Flak de 20mm, de quelques
mortiers et de pièces de 88, mais pas de chars - du moins au
début ! En somme, une force statique qui, de toute évidence,
ne pèserait pas lourd devant les britanniques. Toutefois, les
falaises, percées de nombreuses grottes et de cavités
et la forêt, à l'arrière, fourniraient d'excellents
postes d'observation et de combat aux défenseurs. Toutefois, ces troupes allemandes étaient les premiers éléments d'une division entière, la 49ème Infanterie Divison du général Macholz, comprenant aussi de l'artillerie et des blindés, qui descendait plus ou moins rapidement vers la Seine, en provenance de Boulogne-sur-Mer, en fonction des moyens de transport qu'elle pouvait trouver. Forcer le passage le plus rapidement possible avant que l'ennemi ne puisse organiser et renforcer sa ligne de défense, cette tâche avait été attribuée aux 4ème et 5ème régiments du Wiltshire, au 5ème de Cornouailles, au 1er du Worcestershire et au 4ème du Somerset de la 43ème division (Division Wessex) qui s'était préparée en Angleterre à ce type d'opération pendant deux ans. On leur avait adjoint des blindés du 15 / 19ème Hussard et du Sherwood Rangers Yeomanry comme appui feu ainsi que le 179ème Régiment d'artillerie déployé sur la rive gauche de la Seine entre Blaru et La Heunière. Au total 25.000 hommes. L'assaut serait mené depuis la rive gauche du fleuve, du côté où se trouve la plus grande partie de Vernon, ville aux mains de la Résistance française depuis une semaine. Les ordres étaient " de passer la Seine de force le 25 Août ou autour de cette date ; de couvrir la construction d'un pont classe 9, d'un classe 40 et d'un classe 70; de former une tête de pont suffisamment profonde pour permettre le passage du reste du 30ème Corps. " L'attaque devait se faire dans deux zones : entre les deux ponts détruits et à droite du pont routier (en plein centre ville) avec des embarcations d'assaut et des DUKWS. (Le DUKW, familièrement nommé Duck [le canard] est un véhicule amphibie à 6 roues motrices qui transporte hommes et matériel sur terre et sur eau et qui sert dans les attaques amphibies.)
La mise sur pied d'une telle opération nécessite, en théorie, plus de quinze jours et l'exploit a été de la concevoir, l'exécuter et la réussir en en six jours ( dont trois jours de préparation et de déplacements).De plus, "cette opération a eu la particularité d'engager le Royal Engineers (Génie) dans des proportions hors du commun : si le franchissement de la Seine à Vernon est resté dans les annales de l'histoire militaire c'est en tant que modèle du genre, d'un travail de construction de ponts flottants en première ligne , sous le feu de l'ennemi et sur une grande échelle ".[3] Préparatifs Dans l'après-midi, Mademoiselle Pierrette Greffier, institutrice mais surtout membre de la résistance locale fut convoquée par un officier britannique : elle passa plus d'une heure avec lui dans une pièce située au-dessus d'un café qui ouvrait sur la Seine et les collines de Vernonnet, pour lui donner toutes les informations qu'elle possédait sur les forces allemandes.. Elle se doutait qu'il avait un grade élevé car tous, y compris les colonels, lui montraient du respect. A sa grande surprise, elle se rendit compte deux ou trois jours plus tard que cet homme était le général Montgomery - commandant en chef des forces britanniques - qui était venu personnellement pour diriger les opérations, ce qui montre l'importance qu'elles avaient. Plus tard, notre jeune femme d'alors a pu raconter avec humour qu'elle avait passé une heure seule dans une chambre d'hôtel avec Montgomery ! Pendant ce temps, on s'affairait dans Vernon, les troupes préparaient leurs embarcations d'assaut tandis que des civils français gesticulaient en donnant des informations et des conseils. |